mercredi 30 novembre 2016

Habiter : et lux fuit!



Il suffisait d'y penser :
elle broyait du noir,
parce qu'elle aussi avait besoin
de luminothérapie.

mardi 29 novembre 2016

Vivre : it's blowing great guns



Aujourd'hui,
25 minutes sur le quai
 à l'aller,
30 au retour,
j'ai repensé à l'expression :
un vent 
à décorner 
les bœufs
tout en regardant osciller les pendulaires.

lundi 28 novembre 2016

Habiter : fiat lux!





A Amsterdam,
je venais d'apprendre que mon travail 
"Rentrer chez soi"
avait été bien reçu
(AAAA(H)!)
J'ai donc décidé de m'offrir une maison.
Je l'ai voulue élégante, mais aussi écologique.

Hélas, trois fois hélas!
malgré tous mes efforts,
malgré le suivi des instructions, à la lettre,
pour d'obscures raisons,
elle qui devrait être solaire,
se replie dans le noir.

dimanche 27 novembre 2016

Vivre : harmonie du soir




Dehors, c’est l’heure bleue, cette heure qui est ma préférée, quand le jour n’est plus et que la nuit n’est pas encore, cette heure de l’entre deux, cette heure qui peut selon le lieu être blanche, rose, ou grise, mais qui reste toujours et malgré tout l’heure bleue (ce qu’elle est du reste accessoirement). 

samedi 26 novembre 2016

Vivre : le bonheur par procuration







Après
tant d'années
tous ces écueils, ces tsunamis,
un divorce (évincée par une plus jeune, tellement banal), 
la perte de son fils écorché vif
(coup de poignard en pleine poitrine)
et la perte de pas mal d'illusions aussi
(écartée par de jeunes loups, elle, la militante anti-franquiste 
aux idées claires et au cœur si droit),
la mort en juin de son compagnon,
(main dans la main jusqu'au dernier jour)
la voilà qui m'annonce :
Roser a passé sa première échographie.

vendredi 25 novembre 2016

Lire : quand Karl Ove rencontre Richard (sur mon divan)

Famiglia Valmarana (détail) / palazzo Chiericati / Vicenza

Quand il me reste une petite chute de temps, entre deux, j'aime tendre la main vers une pile de livres amis et me plonger dans une brève relecture. L'autre soir, R. se faisait attendre et j'ai parcouru dans Un homme amoureux le passage où Knausgaard accompagne sa petite fille à un goûter d'anniversaire chez des parents bobos et très culinairement corrects. Parmi les adultes présents, il y a un père, Gustav, avec qui il sympathise :

"C'était un homme jovial et rayonnant, petit et trapu et toujours soigneusement habillé. Il avait la nuque épaisse, le menton large et le faciès aplati mais ouvert et simple. Il parlait volontiers des livres qu'il aimait, en l'occurrence ceux de Richard Ford.
- Ils sont excellents. Tu les as lu? Ils racontent la vie d'un agent immobilier, d'un homme tout à fait ordinaire, tout ce qu'il y a de plus familier et de plus courant, en même temps qu'il saisit toute l'Amérique! L'ambiance américaine le pouls de la nation!"
 Or,  à mes côtés, justement, se trouvait En toute franchise, le dernier livre de Ford traduit en français, dont je venais à peine d'achever la relecture. J'avais acheté le roman en édition de poche, dernièrement, sans réaliser que je le connaissais déjà, l'ayant emprunté à la bibliothèque lors de sa sortie, aux éditions de l'Olivier. L'ayant donc redécouvert avec bonheur, comme Karl Ove et son copain Gustav, je m'étais aussi délectée de l'écriture directe et efficace de Richard.
"En attendant, la ville de Haddam connaît des coupes claires dans ses services. Les républicains au conseil municipal prétendent que les salaires coûtent trop cher. Le trou dans le budget tourne autour de quinze millions. Un grand nombre d'employés municipaux parmi les plus anciens, vrais piliers du service public, ont reçu leur lettre à la veille de Noël. Il a fallu tirer de la naphtaline où elle dormait depuis dix ans la vieille crèche aux Rois Mages résolument aryens, parce que la société qui loue des crèches ethniquement correctes - avec Levantins et Noirs - a augmenté ses tarifs. Les bouquets de gui n'ornent plus qu'un lampadaire sur trois le long de Seminary Street."
 Ce genre de petites coïncidences me ravissent : des  écrivains se croisant dans mon salon, comme des amis, dont on apprend qu'ils se connaissent par ailleurs et s'apprécient déjà.



jeudi 24 novembre 2016

Vivre : let it be / 9



La fresque de Francesco Clemente enveloppait la salle d'une surprenante écorce rose.
Le staff jouait à la perfection son rôle,
à peine un souffle d'ironie légère
et une vivacité déconcertante.
Les plats se suivaient dans une virevolte audacieuse,
colorée, ludique, incroyablement créative.
Un carrousel qui rappelait l'enfance et ses immenses explorations.
Notre avocat récemment breveté avait la pupille brillante.
Son plaisir faisait plaisir
et, en fait de plaisir, des oh! et des ah! s'élevaient régulièrement,
 comme des souffles de buée, au-dessus des tables.

Et voilà que,
juste derrière R.,
dans un coin hélas pas assez reculé,
est venu s'installer ce couple :
elle, longue dégaine de mannequin anorexique,
les bras croisés, la lippe boudeuse,
balayant les lieux d'un regard blasé;
lui, petit, mal rasé, appelant le maître d'hôtel pour discuter du menu 
comme d'un contrat d'affaires particulièrement embrouillé,
convoquant le sommelier pour lui apprendre les bases de son métier,
haussant le ton, aussi impératif qu'il était gringalet.

Vaillamment, l'équipe faisait face et se passait le témoin 
(ah! les nerfs dont il faut faire preuve dans ce genre de métiers!)

Replongeant les yeux 
sur les mets ébouriffants qui se succédaient,
et sur les lèvres épanouies de mes commensaux,
je me suis demandé comment ces mauvais coucheurs
finiraient leur soirée...

mercredi 23 novembre 2016

Ecrire : depuis le quai numéro trois


Adoration des Mages / Benozzo Gozzoli / cappella Medici-Riccardi / Florence

Tous les lundis, ça devient une habitude,
je commence à guetter leur apparition
sur le quai numéro cinq
tandis que j'attends mon Intercity
juste en face.

Elle l'accompagne, naturellement,
le prenant par la main jusqu'à son train de banlieue,
et reste à ses côtés pour ne pas perdre 
une miette de sa présence.

Ils sont jolis comme deux cœurs à l'unisson.
Ils se prennent par la main, s'enlacent et s'embrassent,
se bécotent, se picorent le visage à coups de baisers.
Elle n'est pas très grande, pas une perche, loin de là,
mais elle doit bien faire dix centimètres de plus que lui.
Alors, il passe son temps à se hisser sur la pointe des pieds,
tandis qu'elle se penche avec délectation
sur son farfadet binoclard et fin comme un roseau printanier.
A eux deux, ils doivent avoir un quart de siècle à tout casser.

Ils restent là, dans leur bulle,
comblés, 
indifférents au reste du monde,
tandis que les banlieusards attendent, 
et que des collégiens goguenards passent en bande.
Leur amour les rend invincibles
et rend le reste du monde invisible.

Mes p'tits amoureux du lundi illuminent ma soirée,
moi qui viens de quitter un appartement chagrin, 
peuplé de souvenirs et de plaintes
et de vaines recommandations.




mardi 22 novembre 2016

Manger : le ragoût de légumes post-agapes




Simple comme bonjour, nutritif, bon marché, ce ragoût coloré est le top pour faire face aux chapes tristounettes et au spleen qui les accompagne. Il se résume à rassembler les légumes de saison qu'on préfère (ou qui commencent à s'ennuyer dans le réfrigérateur), pour les cuire avec un minimum de graisses. Il peut se manger seul, ou avec un belle tranche de pain complet. En cas de grosse fringale, je poêle un chèvre en complément.

Un oignon, plus deux ou trois gousses d'ail, hachés grossièrement
Deux carottes
Un poivron (ici : un demi rouge et un demi jaune)
Une tranche de courge
Deux pommes de terre
Une demi-courgette
Le tout débité sans faire de manières.

Deux cuillères à soupe d'huile d'olive
Une tasse de bouillon de légumes
Du sel, du poivre, du piment à volonté.

Dans un fond de casserole, on verse l'huile et la moitié du bouillon. On fait revenir les oignons, l'ail et les carottes en douceur. Puis, on introduit les autres légumes, chacun à leur tour, toutes les cinq minutes. On rajoute le reste de bouillon (puis de l'eau si le mélange attache vers la fin de la cuisson). On assaisonne selon ses envies (moi, j'adore l'ail et le piment). C'est prêt en 20 minutes environ.

Les restes sont excellents, et se dégustent froids ou chauds.

Oui, je sais : c'est trop simple, pas de quoi fouetter un blog. Mais... pourquoi la nourriture la plus compliquée serait-elle toujours la meilleure ? Après un week-end gastronomique au Piémont, dont un fantasque et jubilatoire tour de carrousel à Piazza Duomo, ce plat a ravi mes papilles en mal de simplicité.



dimanche 20 novembre 2016

Vivre : pépites



De retour là-bas, si près au fond, juste quelques heures de route, mais si loin dans le temps, presque dix ans d'absence, tout de même, comme les années passent vite, pour ce voyage planifié sans sentimentalisme, je tenais à passer dans cette cave prendre quelques bonnes bouteilles de Barolo et de Barbaresco.

Il nous a accueilli, toujours pareil à lui-même, silhouette de garçonnet, sourire malicieux aux lèvres, heureux de vivre, d'être au monde, de travailler sans relâche pour la famille, dans la ronde infinie des jours qui se suivent, sans vrais dimanches pour scander les semaines.

A... près de ... bien soixante-cinq ans, j'imagine, il n'a pas changé : un lumineux lutin. Un cadeau de la vie, quelqu'un qui se nourrit de ce qu'il donne. A son frère aîné, le patriarche donneur d'ordres. A ses neveux, qui ont étudié l’œnologie et en connaissent un bout. A ses deux sœurs, célibataires, comme lui. A ses petits-neveux, jeunes pousses adorées. Aux chiens, aux chats, aux passants, aux visiteurs.

Le plaisir que c'est, de retrouver des gens comme ça. Et une cave, comme ça : toujours les mêmes étiquettes, les mêmes manières de vinifier, les mêmes locaux, pas d’expansion prévue, pas de site attractif mis à jour, pas de dépliants sur papier glacé, juste un panneau, et ces nectars, prélevés au tonneau et tendus avec une humble fierté, un œil brillant.

Plus loin, en ville, le snobisme truffier battait son plein (à se demander comment une terre, si généreuse fut-elle, pouvait produire autant de champignons au mètre carré). Mais la véritable pépite, hors de prix, hors marché, hors spéculations, personne n'avait encore su la dénicher.

vendredi 18 novembre 2016

jeudi 17 novembre 2016

Manger : ratées, mais délicieuses




Pour une cuisinière comme moi, accepter ses échecs est un lot sinon quotidien, du moins relativement fréquent. Mon plus récent constat : je ne sais pas, je ne saurai jamais faire des madeleines qui aient l'air de vraies madeleines, avec un jolie bosse au-dessus. Je réalise des espèces de formes au goût certes délicat et citronné, mais qui n'ont l'air de rien. Ou alors, de pétales d'une fleur inconnue, ou d'écailles d'une créature issue des profondeurs marines. Quoi qu'il en soit, elles disparaissent en un tour de main, donc... je me risque à en donner la recette. Pour une vingtaine de ces "créatures", il faut :

- 2 œufs
- 1 jaune d’œuf
- 120 gr de farine
- 100 gr de sucre
- 100 gr de beurre
- 1 petite cuillère de levure chimique
- du zeste de citron ou d'orange, et/ou un sachet de sucre vanillé

On commence par battre au fouet les œufs avec le sucre. On intègre en douceur la farine tamisée, puis le beurre, qu'on aura pris soin de faire fondre auparavant avec une égale prévenance. On ajoute la levure, les zestes (moi, j'aime bien mélanger zeste d'orange et de citron), le sucre vanillé.
Et on laisse gentiment la pâte ainsi obtenue reposer, au frais, pendant le temps d'une sieste ou d'un quart de polar. La jolie bosse naîtrait, semble-t-il, du contraste violent entre la fraîcheur de la pâte et la chaleur du four (j'ai lu pas mal de forums et de littérature là-dessus, chacun y va de sa théorie). Chez moi, ça n'a pas marché.

On verse donc cette pâte dans les moules adéquats et on la glisse au four préchauffé à 190° pendant une douzaine de minutes. Les sortir quand la couleur vous plait, entre le jaune Van Gogh et les tuniques ocres de Masaccio.



mercredi 16 novembre 2016

Vivre : éternels retours



Dans la nuit matinale,
sur fond de bruissements animaliers,
et de moteurs lointains,
saluée par quelques feulements et cris,
elle est revenue.

mardi 15 novembre 2016

Vivre : les nuits de la Super Lune



Hier soir : 
ciel couvert.
Ce matin aux aurores :
ciel couvert.

Juste...
une fente, une infime ouverture
dans le rideau de nuages,
qui a répandu sur le lac.
le reflet fugace
d'un rayon.

Face à ces occasions,
qui se donnent,
ou pas
admirer le paysage pastel et silencieux. 



lundi 14 novembre 2016

Vivre : la valeur de l'argent



Au fond du tube de Labello,
glisser le petit doigt
afin de racler jusqu'à la plus infime quantité
avant d'être sûre de pouvoir le jeter.

Dans la petite boutique de l'étonnante bijoutière,
définir un modèle de bague simple,
un anneau d'argent
surmonté d'un ovale creux en or cuivré,
sans discuter devis ou délai.

En matière financière,
être économe dans les petites choses 
et impulsive, désinvolte dans les grandes.

samedi 12 novembre 2016

Ecrire : avoir la classe



L'autre jour à Genève,
tandis que le tramway descendait cahin caha 
la rue de Coutance,
j'ai vu une chose extraordinaire :

au premier étage d'un immeuble,
fièrement dressé sur la rambarde, 
un chien qui en avait,
se tenait à sa fenêtre.

Le poil brillant, d'un gris intense,
il tournait sa tête aristocratique,
vers la gauche, vers la droite,
dans l'impatience à peine contenue de voir arriver l'être aimé.

vendredi 11 novembre 2016

Vivre : à la racine du mal



C'est un homme que je fréquente depuis plus de vingt ans. Il a joué et continue de jouer un grand rôle dans ma vie. J'ai régulièrement besoin de le voir, même si idéalement je le verrais le moins possible.
Le rencontrer a été souvent lié à des problèmes, et face aux difficultés, il a su agir avec compétence et douceur.
Il n'est pas beau, ni attirant, mais il conserve en toutes circonstances une affabilité orientale très rassurante. Quand il se penche sur moi, mon cœur palpite et mon souffle se fait plus rapide. Mais, avec lui, la séduction n'est pas de mise. C'est le seul homme, je crois, que j'ai vu jeter un regard horrifié sur mes lèvres fardées, la seule fois où je m'étais étourdiment maquillée pour aller le voir.
Je sais sur sa vie privée aussi peu de choses que j'aie bien voulu dire de la mienne. Sa femme, ses fils, sa famille, ses vacances. Mon mari, mon fils, mes vacances, mon travail.
L'autre jour, notre rencontre, particulièrement brève, m'a enchantée. En résumé : commentaires positifs sur les radios et compliments pour mon hygiène irréprochable.

jeudi 10 novembre 2016

Vivre : let it be / 8



Elle se tenait à la réception, face à l'entrée.
Toutes ses collègues étaient apparemment occupées ailleurs.
Elle devait accueillir, répondre, 
et, selon toute vraisemblance, coordonner certaines informations.

La tâche devait être très ardue.
Trois fois, j'ai dû rappeler ma demande.
Trois fois, mon nom,
qu'elle venait pourtant de noter devant elle.
Trois fois, je l'ai vue partir dans un coin, puis un autre de l'étage,
tandis que ma réponse,
tombait à plat,
devant un ordinateur esseulé.

Elle communiquait comme ça,
continuellement :
parlant toujours à quelqu'un d'autre qu'à son interlocuteur.
Toujours ailleurs, plus loin, tâchant vainement de rattraper
un train en retard.

Finalement, on y est arrivées,
elle a retrouvé le nom du spécialiste,
elle a pu joindre le cabinet 
et m'a obtenu un rendez-vous. 

Fichu mois de novembre, mois de vaccinations et de refroidissements,
et mois du stress par excellence. 


mercredi 9 novembre 2016

Habiter : se payer un luxe



Le soir était tombé, magnifique, depuis longtemps déjà. La maison se taisait, et la rue en contre-bas n'émettait que quelques rares sons assourdis. Dans la paix du moment, sous les lampes timides, je me suis frayé lentement un chemin parmi les meubles. Pas après pas, j'avançais au hasard de ma balade vespérale. On n'entendait plus que mes pieds libres et bavards, la peau élastique se décollant du sol, le craquement des articulations, les tensions des muscles, dans cet espace appelé loft, celui de la vie commune, qui ce soir-là était particulièrement solitaire.

Là, dans la semi-obscurité, j'ai réalisé le luxe que c'était d'avoir un toit et le temps de marcher, sans but, à l'aventure, chez soi.

mardi 8 novembre 2016

Ecouter : mieux vaut tard


Photo du net

C'était un matin après le marché.Un de ces moments précieux où la présence et le calme sont de la partie, où l'on ne cherche rien, où l'on n'a besoin de rien, et, par conséquent, où les découvertes se font d'elles-mêmes.

Je suis entrée dans la boutique. Je me suis mise à regarder. Malgré les belles couleurs, les belles matières, je savais que je n'achèterais probablement rien. A chaque tentation, l'idée de devoir mettre un bagage en soute décourageais mes envies.

A un certain moment, je me suis sentie bercée par des accents jazzy : Si può stare dalla parte del giusto / Senza sapere di essere lì! La vendeuse m'a souri et indiqué un nom  que je ne connaissais pas.

Depuis lors, je l'écoute, surtout la nuit.


lundi 7 novembre 2016

Vivre : risquer sa tête



Début octobre (ou fin septembre, je ne sais plus) ce fut, au centre de Padoue, une jeune femme peu inspirée, qui me raconta n'avoir pas pu partir en vacances, pour des motifs qui se perdirent dans de nombreux soupirs et, qui, rappelée ensuite par sa collègue pour que je lui remette une pièce en guise de pourboire, me tendit une main absente, une main qui semblait soupirer elle aussi.

Il y a trois jours, dans cette ruelle animée, pas très loin de l'appartement que nous occupions, j'avoue que j'avais descendu avec quelque appréhension les six ou sept marches qui menaient au Kapsalon. Pour tout dire, c'est le panneau sur le trottoir, avec ses tarifs ridiculement bas, qui avait retenu mon attention. La ville regorgeait de salons trendy, à la décoration faussement négligée, qui devaient pratiquer des prix inversement proportionnels à leur sobriété apparente. Mais celui-ci paraissait à la fois paisible et particulièrement attractif.

Hop, courage, je suis entrée.

Il était petit. Râblé. Il m'a dit être Irakien. Et Arménien aussi (j'ai pensé : c'est possible, ça ? en maudissant mes lacunes géopolitiques). Très vite, une fois que j'eus refusé un café et qu'il eut pris note de ma demande, le silence s'est installé, pesant comme un lavabo de faïence. Je me suis retrouvée figée, en état de totale soumission.

Tant qu'il a coupé, je l'ai suivi du regard, j'avais encore le sentiment - certes faible, mais réel - de l'avoir à l’œil. C'est quand il a empoigné d'un geste péremptoire le foehn que j'ai définitivement perdu le contrôle. Un tsunami s'est abattu sur moi. J'ai dû fermer les yeux. Je me suis sentie secouée par des vents contraires et violents. Cramponnée aux accoudoirs, j'aurais presque dit une dernière prière.

ça a duré... je ne sais pas le temps que ça a duré. Mais quand j'ai pu enfin croiser mon regard dans le miroir, j'ai vu avec soulagement que j'avais survécu et que, ma foi, ma tête aussi. J'ai eu l'impression de retrouver ma crinière d'ado, avec sa frange et sa désinvolture.

N'ayant jamais réussi à me fidéliser un coiffeur, je sais que je vis dangereusement et que, toutes les six semaines environ, je risque ma tête.

dimanche 6 novembre 2016

Vivre : toute reproduction totale ou partielle...






Me baladant en ces journées de novembre,
je me disais qu'ici (c'est-à-dire là-bas)
la lumière était exceptionnelle, 
elle passait en un clin d’œil 
de l'éclat d'un soleil insolent
à l'opacité de nuages superposés,
le ciel (ou les ciels) changeant(s)
amples
intenses
me bouleversaient par leur densité
(existe-t-il des ciels plus beaux que ceux d'Amsterdam?)
Mais, toutes les fois que j'ai voulu capter cette luminosité impérieuse
je me suis retrouvée bredouille.
Impuissante. 
La ville était une oeuvre d'art qui n'aimait pas être photographiée.
Elle voulait seulement être vue, admirée sur place.

Alors, j'ai supposé que
seuls les peintres de l'Âge d'or
avaient été autorisés à la reproduire.

samedi 5 novembre 2016

Voyager : lever les yeux




Dans la valse à trois temps, pluie, nuages, trouées d'azur, il s'agissait d'être attentifs aux vélos, aux parapluies, aux feuilles traîtresses entre deux flaques, aux façades élégantes, aux mille déclinaisons de gris et de rouge, aux idées déco, et, naturellement, aux clins d’œil du ciel immense. 

mardi 1 novembre 2016

Vivre : now now now

Jean-Bernard Métais, Now, Abbaye de Silvacane, 2016

C'est tous les lundis pareil.
Immanquablement. 
Sous mon regard,
les aiguilles tournent si lentement
que les heures lentes deviennent des siècles.
Je me consume d'attente
(tout en m'efforçant de rester dans l'instant).

J'arrive toujours trop tôt sur le quai de gare
et je fixe l'horloge qui amènera mon train.

A l'aller, le paysage défile,
campagne, lac, Alpes, et enfin la ville. 
Dans le tramway, j'observe les gens affamés,
pressés de rentrer, ou de déglutir vite fait.
C'est toujours le même tramway,
celui de 11 heures 51.

Au retour, Genève me paraît la ville la plus glauque qui soit,
presque crasseuse et tellement banale. 
Les nuages sont bas, qu'il y ait ou non des nuages,
et mes membres douloureux.
Une sorte de magma, mélange de frustration et de tristesse, envahit mon esprit.
Je ne souhaite qu'une chose : quitter cette ville.
Me retrouver dans le wagon,
faire le chemin à rebours,
et repartir très vite, très loin. 

Aime ou fais ce qu tu dois.
Dieu que le devoir est pesant!