lundi 20 juin 2016

Habiter : Scènes de la vie conjugale


Revenu trempé d'une incursion au jardin, il a rapporté dimanche dernier une tige avec quelques boutons, qui, depuis, s'obstinent à fleurir l'un après l'autre avec une détermination et un courage sans failles. C'est l'été! affirment en chœur ces minuscules fleurs.

Je déteste les réveils glauques, sur les rivages de l'aube, qui vous laissent en rumination et pleine de reproches envers le paysage et la terre entière. Devant mon air bougon - il faut bien le dire : très bougon - ce matin,  il m'a emmenée acheter de l'été sur papier glacé.

dimanche 19 juin 2016

Vivre : l'amour, les îles




Il y a une île,
en Dalmatie,
Non pas celle-là 5
Ni celle-là  6
Une île 
Dans laquelle il y a un lac
Un lac salé
Au milieu duquel
Se trouve une petite île
Et sur cette petite île
Il y a une église,
Toute simple
Toute blanche
Et dans cette petite église
Mon beau zèbre
Nous irons nous remarier
Toi et moi
Tout bientôt
Pour la .... xième fois.


samedi 18 juin 2016

Vivre : Organigramme


Photo du net


Sur le perchoir, il y avait foule, entre les cheffes et les cheffes-adjointes, les sous-cheffes et les sous-cheffes adjointes, les cheffes de projets, les conseillères de cheffes, les cheffes consultantes et les  aspirantes cheffes, sans oublier les favorites de cheffes. Tout ce petit monde pontifiait, pondait des évaluations, répondait du toc au toc. 
A se demander comment faisait le perchoir pour ne pas choir.
A se demander qui restait en bas à faire tourner le poulailler. 

vendredi 17 juin 2016

Lire : AE


"Dresser la liste de ses ignorances sociales serait interminable. Elle ne sait pas téléphoner, n'a jamais pris de douche ni de bain. Elle n'a aucune pratique d'autres milieux que le sien, populaire d'origine paysanne, catholique. A cette distance de temps, elle m'apparaît gauche et empruntée, voire mal embouchée, dans une grande insécurité de langage et de manières.
Sa vie la plus intense est dans les livres dont elle est avide depuis qu'elle sait lire. C'est par eux et les journaux féminins qu'elle connaît le monde. 
A la maison, sur son territoire, la fille de l'épicière - comme le quartier l'appelle - a tous les droits. Puise librement dans les bocaux de bonbons et les boîtes de biscuits, ne met jamais la table et ne cire pas ses chaussures. Elle vit et se conduit en reine." 

Je croyais avoir mesuré tout le talent d'Annie Ernaux, en me procurant le Quarto qui lui a été consacré il y a 5 ou 6 ans. J'avais relu à cette occasion les livres qui m'avaient tant marquée (Passion simple, La place, Une femme). Cette écrivaine me fascine par sa capacité à trouver les mots pour écrire la vie, la vie qu'on vit et qu'on sait si rarement dire. Elle veut "explorer le gouffre entre l'effarante réalité de ce qui est arrivé, au moment où ça arrive et l'étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé". Elle parle des changements de classe sociale comme personne. c'est une fine observatrice des phénomènes de société. J'aime autant l'entendre répondre à des interviews que la lire.


Avec Mémoire de fille, commencé hier dans le train qui me menait à Genève, j'ai reçu comme un coup de poing. AE s'y révèle dans toute la maturité de son écriture, en évoquant le lourd été de ses dix-huit ans. C'est un livre personnel et universel tout à la fois, où "un intime est mis en rapport avec le collectif" pour reprendre les mots de l'écrivaine. Je crois que bien des femmes, de tous milieux et de tous âges, peuvent se retrouver dans cette fille de 58, décrite avec sobriété, avec méticulosité et avec cruauté. Hier, dans le train, j'ai soudain dû reposer le livre tellement j'avais envie de pleurer. Pleurer sur la beauté de l'écriture, pleurer sur la douleur d'être femme, sur les violences de la sexualité, sur le coût du désir, sur la férocité de la mémoire.

jeudi 16 juin 2016

Habiter : météonews





Ici, le ciel est grand, très grand. Alors on voit le temps s'annoncer depuis le sud-ouest longtemps à l'avance et avec 100% de probabilité, Pluie, éclaircies, trouées d’azur, orages menaçants. Pas besoin de météo : le temps se prévoit lui-même.

On peut suivre la course des nuages, les regarder grandir, s’amonceler, passer comme un troupeau docile en transhumance, rougir à la manière d'une adolescente prise de court ou se dissoudre comme du lait dans un bol de thé.

Ici, il n'y a pas de mauvais temps. Il y a juste le temps qu'il fait en ce moment et le temps qu'il fera dans un instant.

Ici, on prend le temps comme il vient. On prend le temps tout court.

mercredi 15 juin 2016

Vivre : Dad à la plage




Doc Nonos m'a débrochée ce matin et me voici à nouveau apte à conduire ma voiture et marcher dans des sandales (ouste! à la poubelle l'affreux godillot orthopédique noir de ces cinq dernières semaines). Je décide de partir vers la civilisation faire quelques courses.

Curieusement, je récupère de suite les réactions de la vie "normale". En ville, je m'énerve de ne pas trouver de suite une place de parcage. Je stresse ensuite à une caisse parce que j'ai dépassé mon temps autorisé. Au retour, je suis obligée de suivre un gros camion qui semble avancer au pas. Finalement, au centre du village,  nous voici contraints, pour cause de Tour de Suisse, de nous garer à 30 mètres du virage qui conduit à ma maison. Au bout de trente minutes, le tour n'est toujours pas passé et ça me contrarie fortement. Moi qui, hier encore, avais des tonnes de temps à disposition, me voici embarquée dans un monde de contrariétés  diverses. Je fulmine, je m'agace, je peste.

Tout à coup, j'en prends conscience. Je me vois réagir de l'extérieur. Je regarde autour de moi les enfants qui agitent leurs drapeaux, mangent des glaces, se réjouissent à grands cris. Un, puis deux hélicoptères passent au-dessus de nos têtes. Un artisan bloqué comme moi explique à un collègue de complexes problèmes de métrage. Quelques personnes sont penchées sur des textos qui annoncent leur retard. J'ai l'impression d'un retour au pays, après de longues vacances.

Au fond, c'est peut-être ça que je viens de vivre : de longues vacances allongée devant une mer de silence et d'attente, indifférente à la météo, occupée par mes interrogations et mes lectures, sirotant mes espressos et loin, si loin de tout ce qui au fond se déroulait à peine à 100 mètres de moi.






lundi 13 juin 2016

Ecrire : vie sauvage




Cette photo, S. racontait qu’elle ne se savait plus si c’était à Auschwitz ou Birkenau, en passant devant des gravats, tout à coup elle avait aperçu le renard et vite saisi son Canon.

Cette photo, après que S., l’an dernier, nous avait parlé de son voyage en Pologne, j’y pensais encore deux jours plus tard, dans le train de Genève. Le renard. La vie sauvage qui reprend ses droits sur la barbarie humaine. La vie plus forte que le mal. Le renard. Les herbes folles, moins folles que la folie des hommes, prêtes à en recouvrir les ruines.

Quelque chose me fascinait dans cette image. Comme un symbole de renaissance, par-delà les cris et l'horreur. 


Cette photo, j’avais demandé à S. si je pouvais en avoir une copie. Il y a maintenant une reproduction mon living. Mais depuis un an je cherche toujours sa place, pour que la taille de l'agrandissement ne diminue pas la force de l’image. 

Cette photo, j'ai revu cette semaine Le pianiste et regardé ensuite l'interview de Polanski qui passait sur ARTE, A Film Memoir.


dimanche 12 juin 2016

Vivre : comment te dire adieu





J’ai empilé un à un tous les vêtements trop portés.
Tous ceux que j’enfilais dans la grisaille des matins pâles et bougons.
Tous ceux qui m’auraient rappelé les occasions ratées, les pauses esquivées, les ragots à pleurer.
Tous ceux que j’avais usés sur les chaises de colloques aux thèmes rabâchés.
Et le sac.
Et les lunettes.
Et les classeurs éventrés.
J’ai rempli deux sacs noirs, noirs comme les jours passés à compter les heures.
Je suis allée les déposer devant le magasin qui donne des coups de pouce.
Et je suis repartie sans me retourner.


(quelque part dans le calepin chéri de ma mémoire restent les routes de campagne, effleurant les chevaux en liberté, restent les sourires bienveillants, les sillons aimés des champs et des vieilles gens)


Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur


J. Prévert, Le cancre



samedi 11 juin 2016

Vivre : Retour vers le futur





C’est assez simple (même si comme toute chose simple elle peut avoir été vécue avec quelques allers-retours) : nous venons de vivre cinq années exigeantes niveau boulot, nous constatons que la bureaucratie galopante et les restructurations à répétition ont envahi nos territoires professionnels respectifs, notre fils a un contrat en poche qui lui garantit son indépendance financière, nous avons vu quelques personnes proches atteintes de maladies graves, nous avons aussi connu quelques alertes santé certes pas préoccupantes mais bien réelles, notre plaisir à être ensemble ne s’est pas étiolé en trente-cinq ans, nous aimons les voyages et les îles, toutes les formes d’art et de création.
Par conséquent, quand, renseignements pris, nous avons constaté que nous disposerions de quoi vivre sans problème, nous nous sommes décidés pour une sortie anticipée:
Pourquoi ne pas prendre le temps de jouir, de découvrir, de voyager, d’être au monde sans avoir à nous soucier de gagner notre argent ?
Nous entrons donc dans notre VSM, notre Vie Sur Mesure, et mettons en place cube par cube nos projets, heureux de préserver cette santé devenue si précieuse au fil du temps, soucieux de notre environnement, émerveillés par la redécouverte de nos vingt ans poétiques et alternatifs, relativement modestes dans nos besoins et curieux dans nos envies.

Et voilà que les remarques commencent à pleuvoir autour de nous :
Quoi, déjà la retraite ?
Qu’est-ce que tu vas bien pouvoir faire ? 
Tu ne vas pas t’ennuyer ?
Vous aurez assez pour vivre ?
Mes parents ont fait ça et ils souffrent de se sentir inutiles.
Je regarde ébahie ces gens, qui, somme toute, ne font que parler d’eux et de projeter leurs craintes.

Tout à l’heure, au courrier, cette formule polie au bas d’une proposition d’assurance accident (à laquelle nous devrons nous affilier en tant que non actifs) :
Nous vous souhaitons une longue, paisible et belle retraite.
Ah ! Bon ? La retraite est censée être paisible ? Et pourquoi pas ne serait-elle pas une jubilacion espagnole et vivace ?

Je médite : les moules, les stéréotypes, les étiquettes, les idées reçues, les ornières en tous genre. Nous en émettons tous. Nous en faisons tous les frais. Mais, quelle perte d’énergies, quel rétrécissement de nos existences ! Ces dernières années, insensiblement, je recevais au boulot des images de moi surprenantes : pas assez positive (je refusais d’obtempérer devant n’importe quelle réorganisation sans poser de question ni émettre d’analyse), pas assez réactive (je prenais quelques secondes de plus sur ma tablette, en revanche je ne passais pas de temps à récupérer des erreurs que je n’avais pas commises), pas assez participative (mais je me heurtais systématiquement à un refus quand je demandais à bénéficier d’une formation continue dont on me signifiait que je n’avais plus besoin). Lentement, subtilement, des signaux d'exclusion clignotaient autour de moi.

Oui, je médite sur le fait qu'insensiblement, et dès le tournant de la cinquantaine, on vous met dans des cases, c’est certain, et sans doute que le plus révolutionnaire, le plus déroutant, c’est de ne pas s’y laisser enfermer. Oui le plus extraordinaire, le plus simple, le plus merveilleux, c’est de renouer avec la fille de 20 ans que l’on a été et qui sommeillait patiemment au fond de soi. Cette fille qui revient me visiter dans mes rêves et qui me susurre  à l'oreille : cours, pars, découvre.

vendredi 10 juin 2016

Manger : mmmmh!


Pas de pots, pas de stérilisation, pas de problème de conservation : chez nous, la confiture, c'est au jour le jour. Quelques fruits frais ou sortis du congélateur, un peu de vanille ou de citron, du sucre gélifiant, un coup de mixer, et en quelques minutes la confiture de la semaine est prête. C'est super frais, super bon, les saveurs sont bien présentes. Les dernières que j'ai mises sur notre table du petit déjeuner :

des fraises du coin
une tige de rhubarbe
un quart de gousse de vanille évidée
un peu de sucre gélifiant

cinq abricots
une tige de rhubarbe
un peu de cannelle
un peu de vanille


La confiture au jour le jour permet de suivre les saisons. C'est un excellent moyen de "recycler" les fruits pas assez sucrés ou un peu amochés, ou de finir les restes de fruits congelés. Et sur un yogourt nature, un délice!

jeudi 9 juin 2016

Vivre : No way






Les derniers temps, quand je penchais la tête dans l’aquarium qui lui servait de bureau, V. détournait à peine la tête de son programme informatique (le nouveau bureau et la planification s’étaient imposés à elle comme une véritable opportunité car le travail de secrétariat n’était plus ce qu’il avait été). Les derniers temps, quand une personne passait à côté de vous sans vous voir, ou répondait par monosyllabes, il était difficile de savoir si elle vous boudait ou n’avait pas le temps. Les derniers temps il semblait que la réalité était un livre traduit dans une langue étrangère, une langue avec des signes et un alphabet en constante évolution. Les derniers temps le chemin le plus court d’un point à un autre n’était certainement pas la ligne droite et on passait plus de temps à tenter de décoder qu’à communiquer.


Le B A BA de tout cela m’ayant échappé, il était grand temps que ces derniers temps se conjuguent à l’imparfait (un temps du reste qui leur allait comme un gant). 

mercredi 8 juin 2016

Lire : Madeleines I





Je me souviens, enfant, il n'y avait pas un seul livre à la maison. Mes parents avaient dû quitter l'école à la fin du primaire et ils étaient trop occupés à travailler pour chasser la misère honnie de notre table : ils n'avaient jamais eu le temps ni les moyens de se consacrer à ce qui leur apparaissait tout à la fois comme un luxe et un objectif pour leur progéniture.
Je me souviens qu'à neuf ans, un jeudi, j'avais découvert le bus de la bibliothèque municipale parqué dans un rue du quartier et que j'avais tiré ma mère par la manche pour qu'elle vienne signer le formulaire d'inscription.
Je me souviens ensuite les longues heures passées  à lire allongée dans ma chambre. A lire de tout, des romans, des documentaires, des biographies de musiciens célèbres, ou des histoires de dynasties européennes.
Je me souviens les aventures de Fantomette et du Club des Cinq. Les livres de la comtesse de Ségur. Et deux bouquins qui s'intitulaient Tu seras heureuse, Rita et Belles et bielles (édité chez Marabout Junior)
Je me souviens la série des Sylvie et des Alice. 
Je me souviens la bibliothèque verte et la collection Rouge et Or.
Je me souviens les entrées sur les rois se prénommant Jean ou François dans le Larousse illustré.
Je me souviens de Jo March, mon héroïne incontestée, elle qui se réfugiait dans son grenier pour lire en compagnie d'un rat apprivoisé et d'une demi-douzaine de pommes rainettes.
Je me souviens que Charles le Téméraire était mon héros bien-aimé.
Je me souviens à Noël mon impatience à déchirer le papier cadeau pour découvrir un roman.
Je me souviens des jours pluvieux où je relisais des livres rébarbatifs, juste pour le plaisir de lire.
Je me souviens des prix reçus en fin d'année scolaire, parcourus des dizaines de fois durant les étés solitaires.
Je me souviens à la bibliothèque, l'attrait des ouvrages sur la sexualité, malheureusement placés sous le regard trop vigilant des bibliothécaires.

mardi 7 juin 2016

Habiter : let it be






Nous ne sommes pas très gazon ni désherbants. Notre jardin - qui est plutôt un pré - connaît probablement un taux de fauche et de traitements bien en-dessous de la moyenne. J'avoue être une jardinière médiocre (très très laxiste) et souvent, occupée à faire ce qu'on appelle "du jardinage", je me laisse attendrir par l’obstination, la grâce ou l’effronterie de toutes les herbes dites mauvaises que je découvre. 


Je ne connais rien de plus triste que des plantes disposées symétriquement autour d’une pelouse bien entretenue. Quand je passe devant l’aménagement tendance de notre voisin (quelques malheureux arbustes noyés sous une mer de pierres grises et pointues) je me demande si, enfant, il arrivait à ce monsieur d’inventer des jeux ou de construire des cabanes. Pas la moindre pousse frauduleuse, pas la moindre incartade. La seule chose qui s'épanouit sur l’espace goudronné qui jouxte son jardin, c'est un panneau interdiction de stationner

lundi 6 juin 2016

Lire ou habiter : quelque part dans l'espace





Georges Perec est un écrivain qui me touche infiniment. Ses écrits sont à la fois délirants, invraisemblables, drôles, poignants, émouvants, inventifs. C'est un créateur sérieux qui ne se prenait pas au sérieux. Quand je le lis, je sens tellement émerger l'enfant qu'il était, j'éprouve une telle tendresse, que, survolant le temps et l'espace, j'ai envie d'arriver jusqu'à lui, où qu'il soit, et de le serrer dans mes bras.


J’aimerais qu’il existe des lieux stables,
immobiles, intangibles, intouchés et presque
intouchables, immuables, enracinés ; des
lieux qui seraient des références, des points
de départ des sources :

Mon pays natal, le berceau de ma famille,
la maison où je serais né, l’arbre que
j’aurais vu grandir (que mon père aurait
planté le jour de ma naissance) le grenier de
mon enfance empli de souvenirs intacts…

De tels lieux n’existent pas, et c’est parce
qu’ils n’existent pas que l’espace devient
question, cesse d’être évidence, cesse d’être
incorporé, cesse d’être approprié. L’espace
est un doute : il me faut sans cesse le marquer,
le désigner, il n’est jamais à moi, il ne
m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la
conquête.


G. Perec, Espèces d’espaces, 1974

dimanche 5 juin 2016

Vivre : l’œuf ou la poule ?

Photo du net

Dès mon arrivée, on m’a fait comprendre que N. était une personne admirable. Et très compétente (que malheureusement S. avais si mal épaulée). N. exprimait d’une voix douce et pondérée tous les tenants et les aboutissants des difficultés qu’elle avait su relever. Elle sollicitait beaucoup de monde, surtout la hiérarchie, autant que nécessaire, et plutôt dix fois qu’une. Elle était continuellement débordée, mais prenait toujours le temps de saluer, échanger, évaluer. Elle était experte en synergies et n’arrêtait pas d’en mettre en place. Elle aimait à passer de longs moments au téléphone pour peser le pour et le contre avec son interlocuteur. Par conséquent, N. avait besoin d’être protégée, déchargée, soulagée afin d'être en mesure de faire face à toutes les charges qui lui incombaient. Car N., en plus d’assumer un emploi à mi-temps, était la mère exemplaire de deux enfants, et elle n’hésitait pas à solliciter beaucoup de monde, surtout la hiérarchie, et plutôt deux fois qu’une, à propos d’épineux problèmes de conjonctivites et de congés scolaires.

Dans les colloques où elle occupait la place qui lui revenait, personne n’aurait songé à se demander qui, des problèmes ou de N., était apparu en premier.


samedi 4 juin 2016

Habiter : musée domestique







Longtemps, je n’ai pas aimé les bouquets. Ni en offrir ni en recevoir. Leur aspect éphémère me dérangeait, j’y voyais un gaspillage d’argent et d’énergie (changer l’eau, trouver le bon vase, disposer élégamment et finir par jeter). La place des fleurs, pensais-je, était dans les jardins et les prés.
Un jour, j’ai compris avec un pincement de cœur ma résistance aux fleurs coupées : d’un coup de cisaille, on les soustrait à leur sève, on les prive de leurs racines.
Depuis que je médite, l’aspect provisoire de toute chose ne me dérange plus. Récemment, je me suis surprise à accepter un bouquet proposé chez une fleuriste (je serais incapable d’amputer notre lilas ou l’un de nos rosiers). Je commence donc à disposer des fleurs dans notre espace de vie. Je me retrouve souvent ébahie devant leur beauté, leur façon de s’ouvrir au monde. Mon regard plonge dans les formes et les couleurs. Je perds toute notion de temps, comme devant un tableau de Vermeer ou de Pisanello.  


vendredi 3 juin 2016

Manger : tiramisu aux framboises




J'adore travailler en cuisine, en écoutant la radio, par exemple hors champs ou le masque et la plume, en podcast. Mais, je n'aime pas cuisiner des choses compliquées. J'avoue que j'accorde plus de temps à l'achat de bons produits, locaux si possible, qu'à la préparation-même des repas. J'aime trouver dans mon assiette des choses goûteuses et traçables, pas forcément sophistiquées (je laisse ça aux bons restaurants, et encore : là aussi, je préfère la saveur à la sophistication). Donc, pour ce tiramisu, je suis allée au village voisin, où une vieille paysanne élève encore quelques dizaines de poules en liberté et vend les meilleurs œufs de la terre (sans mention "bio" ni prix correspondant). J'ai donc réuni :

trois œufs 
une confection de Mascarpone (250 gr)
cinq ou six pèlerines débitées en petites tranches
60 gr de sucre (+ 10 pour le coulis)
des framboises (250 gr) 
une belle tige de rhubarbe
1 sachet de sucre vanillé (optionnel)

préparer un coulis avec un tiers des framboises, la rhubarbe et un peu de sucre (mixer au besoin)
séparer les œufs et faire monter le blancs en neige ferme
mélanger les jaunes, le sucre, le mascarpone et le sucre vanillé 
incorporer délicatement les blancs pour obtenir une belle crème
déposer au fond des verrines les brisures de pèlerines
verser dessus le coulis
ajouter une coulée de crème
et alterner ensuite les couches de biscuits, de framboises et de crème
terminer par un jolie déco : feuille de menthe, framboise, amandes effilées

Ces quantités sont suffisantes pour une douzaine de verrines, petites, moyennes, grandes (verres à thé marocains, tasses à café, verres à eau). Arrivés en fin de repas, les convives sont ainsi libres de se servir à leur convenance.

jeudi 2 juin 2016

Habiter : Charlie n’aime pas la pluie


Photo du net


Il se tient la plupart du temps immobile, le regard fixe, indifférent à notre intérêt pour lui, et il peut rester ainsi pendant des heures. Une seule fois, je l’ai vu déstabilisé, affolé presque, se déplaçant de part en part du patio, entre les deux salles de bain. Une seule fois je l’ai vraiment vu, du reste. C’est quand les gouttes tintinnabulaient sur les pierres. Notre Rana temporaria ne semble pas, mais pas du tout, fan des déluges.