samedi 31 décembre 2016

Vivre : tout compte fait


Giotto / Giiustizia

Bilan 2016 :
Une année que j'envisageais avec crainte et espoir.
Qui s'est révélée difficile, mais généreuse.
Moins grise qu'imaginé.
Mais exigeante, compliquée.
La passant en revue, je vois:
de l'eau, beaucoup d'eau, de mer, de source, de lac;
l'espoir constant de parvenir à libérer le ciel;
des cadeaux, des lucioles;
les émotions si souvent entremêlées;
le désespoir provenant du monde extérieur
et les petites bougies constamment rallumées à l'intérieur;
des efforts soutenus, suivis de haltes salutaires;
le film "Demain" en contrepoint des actualités;
l'imbécillité de certains et les belles personnes;
et surtout, ce moment, ce moment qui a duré peut-être ...
peut-être dix secondes, peut-être moins,
où j'ai trouvé le moyen de me tirer d'affaire,
avec sagacité,
ce qui me fait dire qu'il faut
vraiment 
toujours 
être dans l'instant.

Vivre : still life / 6



Deux récipients en verre
A mi-chemin entre une lampe et une cloison
Suscitent ma fascination.
Il en faut vraiment (vraiment) peu
A mon œil pour être heureux.

vendredi 30 décembre 2016

Vivre : matinale



Il y a des journées qui débutent comme ça.
5H15 : Morphée m'abandonne sur les rivages de mon oreiller. Rien à faire. Pas question de le réveiller. Il ne reste plus qu'à monter.
5H20 : Le paysage n'est qu'un immense tarmac. Le lac noir forme une piste bordée de loupiotes, colorées ou pas, dynamiques ou pas, selon le délire noëlique des habitants de la contrée. Sur la ligne d'autoroute, tout au loin, une étoile solitaire bouge lentement.
5H25 : J'ouvre mon lap top et me mets à surfer. Le premier blog est cuisinier, tendance VG très marquée. Malgré toute la bonne volonté exprimée, la recherche de créativité, ça me semble triste comme un téléfilm allemand sur Arte. Je suis partagée entre l'envie de pleurer et celle de dévorer un immense steak haché (entre temps, il est 5H30). J'opte pour "supprimer".
5H35 : De clic en clic, j'arrive rapidement sur ce blog-ci où je lis :
Il y a toujours un convive pour lever doctement l’index et expliquer à la tablée la différence entre végétarien, végétalien et vegan pendant que les autres, prenant l’air intéressé, finissent la poularde.
          Dans l'obscurité, je me déride. Et je continue de lire.
Je lui avais demandé pour Noël Les Pays crétacés Basco-cantabriques, de Pierre Rat, que je me promettais depuis longtemps de lire. Mais, ne l’ayant pas trouvé, elle m’a offert à la place Les Kosmocératidés du Callovien inférieur et moyen d’Europe occidentale, de Pierre Tintant. Je vous laisse imaginer ma déception.
Ouvrir la bouche pour parler de soi est déjà un pléonasme. 
5H45 : J'ai lu pas mal de sentences. Secouée de rires solitaires, je me moque de moi et des autres, dans le silence absolu de la nuit.
6H00 : Me voici apte à retourner au chaud rejoindre mon "dulciné". Quant à Morphée, il s'est définitivement barré.

jeudi 29 décembre 2016

Voyager : It’s a wild world…


A. Mantegna / cappella Ovetari  (détail) / Padova

Un matin au réveil, j’ai regardé par la fenêtre : le temps avait changé. La veille nous avions assisté à un coucher de soleil kitchissime, aussi déluré que les stands joyeux installés à travers toute la ville. A présent, le ciel était plombé, comme si la neige menaçait. Il a levé la tête de sa tablette et m’a annoncé : il y a eu un attentat à Berlin, sur le marché de Noël.

Les nuages au-dehors se sont faits encore plus lourds.

Plus tard, en visitant l’église degli Eremitani, je suis restée longuement devant les photos prises juste après le bombardement de mars 1944. Elles montraient l’effondrement du transept droit, là où Mantegna avait magnifiquement décoré à fresques la chapelle Ovetari. Juste un tas de gravats en noir et blanc.

En face, maintenant, le transept a été reconstruit et les peintures partiellement restituées. J’ai médité sur le temps qu’il faut, et la patience, pour rechercher parmi les milliers de fragments et tenter de donner un sens au puzzle. Et puis tous les manques, toutes les failles, tout ce qu’on ne retrouvera jamais, ce qui s’est perdu à jamais dans la poussière. L’effet du never more a poinçonné profondément mon muscle le plus vaillant et c'est dans leur regard, dans leurs mines pensives à l'unisson que j'ai trouvé à me consoler, beaux chevaliers figés pour l'éternité 5.

Et puis… la vie va et chasse les nuages. Les heures se sont éclaircies, sont devenues étrangement siciliennes au cœur de la Vénétie. J’ai pris cette photo-là 6 via di Marsala.


J’ai déniché dans une minuscule échoppe du chocolat de Modica. Et finalement, un bouquiniste très sympa m’a vendu à un prix dérisoire une superbe monographie d’Antonello da Messina.


Oui, la vie va et chasse – momentanément – la grisaille et la sauvagerie d'un monde par trop délirant.

mercredi 28 décembre 2016

Vivre : un mot, pas des maux



Photo du net

J’avais entendu parler de l'adjectif "fiu" pour la première fois il y a très très longtemps. Un psy avait été invité par notre direction pour nous parler de la fatigue et de nos ressources pour y faire face. Il avait évoqué ce simple mot, qui, en Polynésie, communiquait simplement aux autres le ras-le-bol d’un individu et son besoin qu’on lui foute la paix pendant un moment. C’est tout.

Pas besoin d’invoquer un mal de tête diplomatique, ou une grippe intestinale, ou même d’en contracter une vraie, pour se donner de droit de dire : stop, j’ai besoin de m’arrêter. Et la société accueillait cette notion comme une évidence. Le concept paraissait tellement sain et évolué ! 

« Je suis fiu ». Sans explications, sans justifications, sans grands discours. « Je suis fiu » tout simplement, chose humaine, naturelle, et passagère, comme tout état intérieur non réprimé.


J’apprends que « fiu » est entré dans le Larousse l’an dernier. Je me prends à rêver : au-delà de la question lexicale, s’il pouvait aussi entrer dans nos mœurs, quelle prévention pour notre santé et quel signe de progrès social! Ne plus être obligé de constamment assurer. Juste annoncer. Le corps nous en serait reconnaissant et notre vie en serait tellement allégée !

(Et, surtout: que de B.O. évités!)

mardi 27 décembre 2016

Vivre : still life / 5





Dans la foule, m’arrêter.
 Regarder. Admirer les couleurs. Suivre les formes du regard.
Me permettre d’effleurer. 
Choisir, finalement.
Et surtout, échanger avec l’artisan qui, depuis quarante ans,
façonne et tourne avec constance.
Ces petits bols sont déjà précieux.

Dès demain, ils embelliront mon quotidien.

lundi 26 décembre 2016

Vivre : un jour comme un autre - ou presque -



Abbayie de Silvacane /2016

Le matin au réveil, j'ai repensé à ma saison préférée, le film de Téchiné que je préfère. 
A cause des acteurs, bien sûr. A cause de la musique, la voix intense d'Angélique Kidjo.
Au cause aussi de ce moment où Daniel Auteuil s'en va réveillonner chez sa sœur,
en s'enjoignant compulsivement de rester calme. 

Ça ne marche pas, bien sûr, ça dégénère assez vite,
et l'histoire commence.

Chez nous, on se maîtrise toujours,
et l'histoire se répète,
d'année en année.

"joyeux Noël" forme ainsi un exemple parfait d'oxymore.

dimanche 25 décembre 2016

Vivre : des cœurs, des papillons, des oiseaux, des enfants....





Dans les rues du centre ville / Padova

(plus un chat et un tagueur) 
.. sur des murs messagers de douceur,
et pas d'implacables frontières...

samedi 24 décembre 2016

Vivre : still life / 4



Ô toi, chat du voisin,
gros balourd au pied du piquet,
qui te consumes d'attente,
n'as-tu pas encore compris que c'est par ta présence
que cette vie est
"so still"?
Après ton départ,
la nature reprendra tous ses droits,
s'animera de toutes parts.

vendredi 23 décembre 2016

Voyager : Yo Yo Ma sur la route de la Soie


Altichiero / fresques de la chapelle San Giorgio / Padova

A vrai dire, c’est le froid, nos pieds gelés et malmenés par les pavés, qui nous ont conduits à cette petite librairie perdue dans une ruelle. A l’intérieur, nous attendait une véritable invitation aux voyages, terrestres, maritimes, oniriques, musicaux : tout participait aux échanges. Nous avons fini par dénicher le cadeau idéal pour ZB et un opuscule relié à la japonaise, où des chats étaient esquissés avec une grâce infinie. Assez absurdement, pour des raisons qui m’étonnent encore, au vu de mon enchantement, j’ai décliné l'invitation généreuse de R. à me le laisser offrir.
Au fond de la boutique, deux adolescentes prenaient tout leur temps et emballaient avec une douce maladresse les cadeaux choisis. Malgré la place restreinte, on avait disposé ça et là quelques coussins. Une musique envoûtante réchauffait l’ambiance. Le libraire nous en a donné les références en nous souhaitant : Auguri ! Tante belle cose ! puis nous a laissés repartir, heureux, rassérénés, suivis par une pluie de notes.

jeudi 22 décembre 2016

Voyager : rencontre fortuite


ritratto di dama / musei civici Eremitani / Padova

La route devenait longue et fastidieuse
à cause de bancs de brouillard.
Mon attention faiblissait.
Mais,
à la hauteur de Verona Est,
nous avons dépassé 
une Alfa Romeo noire,
modèle Giulietta.

lundi 19 décembre 2016

Manger / boire : something else




Désolée, dear Georges,
moi, c'est napolitain, 
traditionnel.
corsé
que je l'aime.

dimanche 18 décembre 2016

Vivre : l'appel du large...





Ça revient régulièrement. J’ai besoin de retourner là-bas et de respirer l’air de ma terre natale. Alors, « demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne…. », je partirai à nouveau.

Je ressens le manque de ces odeurs (un endroit, c’est sans doute un paysage, une rue, mais c’est aussi tellement composé d’odeurs bien particulières) : une certaine émanation de Javel sur les trottoirs, les effluves de café, partout, les senteurs de bouillon provenant des trattorie, le parfum des fruits et des légumes parvenus à maturité. Et ces magasins d’alimentation embaumant mille bonnes choses, appels à toutes les tentations… J’ai besoin de m’en aller allumer des bougies sous des fresques médiévales, dans un mélange typique d’encens et d'humidité. Et de dénicher des livres au fond de librairies un peu sombres, si fortement imprégnées d'encre et de papier. Dans les rues de la ville, joyeusement universitaire, mon enfance me mènera par le bout du nez et je me laisserai faire. 

J’irai prendre là-bas une belle inspiration. Et puis, des souvenirs plein les narines et remplie de mille stimulations, je reviendrai ici, où la vie me paraîtra un peu (un tout petit peu) aseptisée.


samedi 17 décembre 2016

Apprendre : on the road...


Les arcades de Bologne (détail de médaillon)

L'émission 36.9° de la RTS vient de consacrer  à la Mindfulness un reportage bien documenté. Il permet de comprendre la démarche et ses applications au travers de témoignages variés, qui vont de personnes atteintes dans leur santé à des enfants scolarisés, en passant par des neurobiologistes, des sportifs et des gendarmes.

Mattia, qui a suivi la formation avec moi durant l'année écoulée, a témoigné en tant que coach d'arbitres. La Mindfulness (ou méditation en pleine conscience) connaît un grand succès depuis quelque temps.  On l'introduit dans toutes sortes de domaines. On en parle beaucoup, et à toutes les sauces (articles, cours, programmes). Parfois, il est difficile de s'y retrouver, face à toutes les informations qui affluent.

Or, bien qu'à la mode, c'est loin d'être un phénomène de passage. C'est une manière, à la fois simple et exigeante, de faire face au stress, à tous les stress de l'existence, en apprivoisant ses sensations corporelles, sa respiration, ses émotions. Au fond, peut-être que ce n'est rien d'autre qu'une invite à prendre conscience des choses telles qu'elles se présentent, instant après instant. Dans un monde de vitesse et de rendement, qui tend à éloigner les individus de leur expérience intérieure pour mieux les manipuler, la Mindfulness offre quelque chose de frais et de novateur.

Dans le silence du matin, je monte m'asseoir face au lac et porte mon attention sur mon souffle, mon corps et mes pensées. Je me connecte à moi-même avant de me rendre disponible au monde qui m'entoure. Parfois, je me demande : où est-ce que j'en suis ? Réponse : comment le savoir ? La seule chose certaine, c'est que chaque jour, avec le plus d'attention et de bienveillance possible, je trace mon chemin.

vendredi 16 décembre 2016

Vivre : météo chagrine



Il pleut l'hiver et les toits dégoulinent
Les cheminées cheminent
Jusqu'au brouillard.

Petite sœur,
ma mémoire défaille.
Tu devais avoir treize ans.
Ce devait être le soir.
Dans un moment de désœuvrement,
je devais avoir tendu la main
vers un vieux pinceau déplumé,
un tube de gouache desséché.
Notre mère devait être en train de pleurer
quelque part, 
probablement dans la cuisine.
J'avais esquissé ta silhouette,
je devais m'en être mis plein les doigts,
silhouette malhabile, maladroite, 
mais qui me parle encore,
si longtemps après,
de toi.



jeudi 15 décembre 2016

Lire / Habiter : partager l'espace, selon Marguerite


Baie de Sapri / automne 2015

"La vie matérielle" n'est pas forcément un livre facile. C'est un recueil de textes, rédigés avec Jérome Beaujour et paru en 1987. MD disait elle-même à son sujet : «Ce livre n'a ni commencement ni fin, il n'a pas de milieu. Du moment qu'il n'y a pas de livre sans raison d'être, ce livre n'en est pas un».

Et, dans « cette espèce de livre qui n'en est pas un », MD « parle de tout et de rien comme chaque jour, au cours d'une journée comme les autres, banale ». Elle dit « prendre la grande autoroute, la voie générale de la parole », dans une suite qui peut paraître décousue, mais qui permet de mieux connaître la femme, la personne, à travers le regard qu'elle porte sur la vie ordinaire.

Je le parcours par petits bouts, et souvent quand je suis en voyage, vu qu'il est chargé sur ma tablette. Il me fascine, me déconcerte, avec cette écriture si proche de la langue parlée, qui va et qui vient, sans qu'on parvienne toujours à la suivre. J'y ai trouvé ce passage, qui évoque si bien l'espace partagé, les êtres aimés, présents dans la maison, même quand ils sont absents :


A Neauphle, souvent, je faisais de la cuisine au début de l'après-midi. ça se produisait quand les gens n'étaient pas là, qu'ils étaient au travail, ou en promenade aux étangs de Hollande, ou qu'ils dormaient dans les chambres. Alors j'avais à moi tout le rez-de-chaussée de la maison et le parc. C'était à ces moments-là de ma vie que je voyais clairement que je les aimais et que voulais leur bien. La sorte de silence qui suivait leur départ je l'ai en mémoire. Rentrer dans ce silence c'était comme rentrer dans la mer. C'était à la fois un bonheur et un état très précis d'abandon à une pensée en devenir, c'était une façon de penser ou de non penser peut-être - ce n'est pas loin - et déjà, d'écrire.


mercredi 14 décembre 2016

Regarder : still life / 3



Cette bobine, je ne m’en lasse pas, j’aime la regarder,
objet des plus simples que j’entame avec parcimonie.
Cette corde qui s'enroule,
impression de solidité,
de force à peine domptée,
contribue à l'harmonie de mon quotidien.

mardi 13 décembre 2016

Vivre : do not disturb


G. Bellini / Sacra conversazione (détail) / Accademia / Venezia

Au cœur de l’après-midi, un message Whatsapp tombe : Après huit mois de silence, étonnamment aimable, elle prend de mes nouvelles et ajoute : « Moi, je dis à tout le monde que je suis en congé, ce qui coupe court aux persiflages. ». Curieuse expression, vraiment…

A soixante-trois ans, elle s’est vue « mise à la retraite ». Elle se voulait première poule du poulailler, femelle dominante, reine mère. La voilà donc à présent déchue, cette imposante personne, elle qui confondait trop souvent méchanceté avec intelligence et était presque autant crainte par la hiérarchie que par les aides, obligées de faire bouillir la marmite.

C’est un fait : quand le monde du travail salarié s’arrête, on est comme passé au tamis. On se retrouve face à soi, à ses limites, à ses coups d’éclat et à ses actes manqués. On récupère aussi, heureusement, sa part d’enfance, ses rêves, et le désir intact de se remettre à construire passionnément des cabanes. La vie est là qui palpite de toutes parts. Mais si cette existence ne dépendait que d’un statut, d’une fonction, d’une place sociale, alors effectivement, on est obligée de dire qu’on est… en congé, difficile de s’avouer « à la retraite ».

Whatsapp, l’univers des smartphones, je me sens toujours moyennement douée en application(s). Sans en nier l'utilité, elles finissent souvent par m’ennuyer. Elles me distraient du droit chemin, lequel allait, ce jour-là, vers Bellini, le crayon à la main. En conséquence… 

j’ai tout simplement éteint.

dimanche 11 décembre 2016

Manger / boire : une trouvaille géniale





La vie que je vis ici me ravit.
Cette région, un peu en retrait, un peu snobée par le progrès et les autoroutes, où les enfants, dès qu’ils savent parler, disent bonjour et ont des paillettes dans les yeux quand on leur tend une plaque de chocolat,
Cette région de forêts et de relations franches, où une vieille paysanne définit sa patience en disant : « Y a encore des journées derrière la montagne »,
Cette région me comble.
Sauf que… quand le brouillard s’installe pendant des semaines, grosse tranche opaque, entre deux morceaux de nuit, le sandwich finit par me paraître indigeste.
Alors, je fuis ce beau plateau et m’en vais à la capitale.

J’y ai déniché dernièrement le café « Einstein au jardin », qui occupe un minuscule encorbellement sur l’esplanade jouxtant la cathédrale. Il est superbe, avec sa terrasse panoramique et ses confortables couvertures grises. Dès la première fois, curieuse, je me suis tournée vers mes voisins pour m’enquérir de la boisson qui fumait sur leur table.
« Ginger Limonade », me fut-il répondu.
Ah ! Qu’à cela ne tienne !
Je suis allée m’en chercher une, puis, l’ayant testée, l'envie m'a prise d’une deuxième. Et…

C’est ainsi qu’est née ma dernière addiction. 

La « Ginger Limonade », c’est tout à la fois simple, bon et, semble-t-il, revigorant (avec une nouvelle pièce de cinq francs, je suis allée observer les jeunes serveurs au bar):

Ils disposent de longues tranches fines de gingembre dans un grand verre. Ils versent dessus de l'eau très chaude. Ajoutent le jus d’un demi-citron et une généreuse rasade de pur sucre de canne (eux utilisent la marque Monin). Ils proposent aussi une tige de menthe, à mon avis tout à fait optionnelle.

Ne reste alors plus qu’à déguster la divine boisson, face aux toits de la vieille ville, qui épouse à cet endroit la courbe de l’Aar. Laisser ses pensées suivre les volutes, partant elles aussi vers le soleil tant espéré.

samedi 10 décembre 2016

Vivre : en voir de toutes les couleurs



Hier,
dans la banalité de l'hiver,
 j'ai vu :

un rassemblement de corbeaux, grisés par le brouillard,
tenant conseil sur des mottes de terre noire;

un troupeau de vaches brunes qui couraient de manière insensée
à travers un pré d'un jaune tendre;

des aigrettes blanches à l’affût, tout concentrées, immobiles,
dans un vaste champ vert jade;

un bébé, rougeot et farceur, qui occupait ses deux parents blêmes,
en recrachant systématiquement la bouillie beigeasse 
qu'ils s'obstinaient à lui mettre dans la bouche.

vendredi 9 décembre 2016

Vivre : le don (enfin) paisible



Anish Kapoor / Monumenta 2011 / Grand Palais

En cette période précédant les Fêtes, les mains se tendent de toutes parts. On est invité à être généreux, à partager. Donner pour ceci, donner en faveur de cela. Longtemps, cela m’a culpabilisée, remise en question, exaspérée, et pour finir, je donnais de guerre lasse, comme si je n’avais pas le choix, vu qu’il y avait souvent dans mon porte-monnaie de quoi répondre à la demande.
Cette année, je me suis décidée pour un « non » franc et sincère. Cette année, c’est "non", un "non" aimable, mais ferme. "non" au don sollicité, voire extorqué.

A l’approche de Noël, si la solidarité est un sujet sensible, j'en suis un, moi aussi. Je me sais plus fragile. Mes défenses immunitaires (sur tous les fronts) se craquellent. Je me souviens. J’en souffre. J’en ai la larme à l’œil. Les images normatives de la publicité, les articles consensuels, les photos de grandes tablées familiales, viennent me blesser là où ça fait toujours mal, et c’est juste à ce moment-ci que les sollicitations pleuvent.

Mais un don, tant qu'il est fait dans ces conditions, n’est ni spontané, ni cordial, ni généreux. C’est une réponse à un racket gluant, une réponse qui ne vise aucun bien, qui ne fait aucun bien, et ne revêt pas beaucoup de sens. Ainsi, on donne à contrecœur et à son corps défendant. Absurde, quand on y pense.

(sans parler du don pour se sentir bon, pour se racheter une bonne image de soi, brrr!)

En matière de solidarité sociale, c'est toute l'année que je me sens impliquée. Je paie mes impôts, première véritable solidarité, rubis sur l’ongle, sans esquive d’aucune sorte, et bien en avance sur les délais. Question soutien à des associations ou à divers mouvements, j’ai fait mes choix, rationnellement, et contribue à des causes que je sens justes, que j’ai à cœur de supporter. Pour le reste, je me sens libre, enfin, de donner quand je veux, à qui je veux. 

Donc, mon don sera joyeux, spontané, fraternel, solidaire, apaisé. Ou alors, il ne sera pas. 



jeudi 8 décembre 2016

Regarder : still life / 2



aujourd'hui
sur le marché de F.
en plein soleil
j'ai acheté 12 minuscules pommes
à une paysanne
aux ongles tout terreux
(ainsi qu'un kilo d'oignons blonds
encore plus petits que les pommes)
et cela m'a remplie de bonheur.

mercredi 7 décembre 2016

Voir : en attendant d'aller à Bristol



"Laugh now" / MOCO / Amsterdam


l'esprit libre de Banksy résiste
malgré:
les tickets à l'entrée
les œuvres décontextualisées
détachées
encadrées
les objets dérivés.

Lire : les mots pour le dire


Exposition Liechtenstein / KHB /Berne

IKTSUARPOK.
- nom inuit -
"Le fait de sortir régulièrement sur le seuil de la porte
pour vérifier si quelqu'un (n'importe qui) arrive."

Dans Lost in translation, E.F. Sanders a recueilli 
une série de mots intraduisibles à travers le monde.

En malais, en arabe, en yiddish, en finnois,
dans toutes les langues,
il existe "le"mot 
qui exprime simplement
une réalité ou une émotion  vécue,
mot qui n'existe dans aucune autre.

Le bouquin est joliment illustré et 
c'est à se demander comment
on a pu vivre jusqu'à présent 
sans être en mesure d'utiliser :
TREPVERTER
GURFA
TÍMA
et... tant d'autres, dont

RESFEBER
- nom suédois -
"Le cœur battant du voyageur avant qu'il se décide à se mettre en route,
mélange d'anxiété et d'impatience"


mardi 6 décembre 2016

Vivre : Let it be / 10



La Présentation au temple (détail) / MBA / Dijon


Il les aime bien.
Quand il leur a annoncé qu’il prenait sa retraite anticipée,
Ils se sont écriés : quoi ? déjà ? pas possible !!!
Eux qui sont si fiers de leur statut :
Lui, chef de service !
Elle, infirmière pour une boîte qui « paie très bien » !
Et tous deux très impliqués dans le village :
Comité de paroisse, conseil communal, associations, etc etc.
Avant toute élection, ils s’arrangent toujours pour croiser votre chemin 
et glisser les suggestions qui s'imposent.
Leur aînée, comme ZB, fait son stage d’avocat. Sa mère demande :
Elle touche 4'000.- par mois, le vôtre, il gagne combien ?


Comme il les aime bien,
 il les a récemment invités à dîner 
et s’est proposé de les aider à travailler leur minuscule vignoble.
En y mettant les formes, en tergiversant, ils ont tout décliné.
Il en est tout marri, mon mari.
Mais il semblerait que n’étant plus cadre dans un média,
il ait perdu toute son aura,
aux yeux de ces remarquables notables.

lundi 5 décembre 2016

Habiter : question de point de vue






Ils voltigent tout autour de la maison.
Se postent sur les balustrades. 
Picorent des restes sur la table.
S'envolent de ça de là.
Se posent sur la terrasse extérieure.
Et sur les chaises longues de la terrasse intérieure.
Portent des regards curieux sur l'intérieur.

On pourrait se dire : ils font comme chez eux.
Mais c'est ce qu'ils doivent se dire aussi.
A raison.
Car, au fond, il y a à peine huit ans,
les lieux leur appartenaient entièrement. 


dimanche 4 décembre 2016

Vivre : le rose qu'on nous propose...



 Le Recensement de Bethléem (détail) / Pieter Brueghel le Jeune / Liechtenstein / KMB

Parmi les choses tristes de décembre :
Les files d’attentes aux caisses, les gens impatients, 
les marchandises entassées et pour certaines déjà soldées,
l’air surchauffé de ces espaces confinés.
Dehors, les mines pâles, défaites,
 les airs soucieux de ceux qui n’ont pas en poche de quoi entrer consommer
ou alors dont le chagrin ne peut être dissipé par un quelconque achat.

samedi 3 décembre 2016

Vivre : juste une virée à Berne


Au cœur d’un brouillard étrange,
un brouillard flou et indécis,
dissipé et dense,
nous entrevoyions parfois les arbres blanchis par la nuit,
les présences de busards sur les branches
tandis que la campagne avait des coquetteries douces et pastel.

Mais, l’instant d’après, nous étions replongés
dans des visions fantastiques, perdant tout repère.
Nous  progressions à travers ce paysage
tantôt onirique, tantôt opaque,
accueillant parfois quelques luminescences.

La route nous semblait longue
et stupéfiante.

Enfin le soleil maladif 
s’est imposé comme un grand ballon blanc, 
comme un roi pimpant et,
 pour chasser tout malentendu
(nous allions passer une belle journée),
il nous a accompagnés 
vers la ville flambante et ses terrasses ouvertes.  

vendredi 2 décembre 2016

Regarder : still life / 1



Sérénité.
Silence.
Les consolations de la couleur
dans une mer de blancheur.

Assise
dans la profonde solitude de l'hiver,
face au soleil pâle,
tandis qu'un clocher sonne au loin,
je reste dans l'expérience
et ne connais aucun ennui,
aucune impatience.


jeudi 1 décembre 2016

Voyager : su una terrazza della costiera...




Tôt le matin, j'avais réservé les billets,
et repéré des logements sympas dans le centre historique,
le quartier de Chiaia, ou près du port.
Bon, je m'y prenais très en avance,
mais, à l'entrée de l'hiver,
 j'étais prise par des envies de soleil,
d'iode et de liberté.

Ensuite, exaspérée par la grisaille,
 je suis partie en balade avec Ambrogio Sparagna :

Vorrei ballare per tutta una notte
su una terrazza della costiera
piena di gente che canta alla vita
ricca di fiori profumi e limoni.
Cento canzoni e cento tamburi
per ritardare l’arrivo del sole
così aspettare che il giorno ci prenda
portandoci dentro a mille rumori.


C'est en descendant de voiture
que j'ai découvert cette mer immense...

mercredi 30 novembre 2016

Habiter : et lux fuit!



Il suffisait d'y penser :
elle broyait du noir,
parce qu'elle aussi avait besoin
de luminothérapie.

mardi 29 novembre 2016

Vivre : it's blowing great guns



Aujourd'hui,
25 minutes sur le quai
 à l'aller,
30 au retour,
j'ai repensé à l'expression :
un vent 
à décorner 
les bœufs
tout en regardant osciller les pendulaires.

lundi 28 novembre 2016

Habiter : fiat lux!





A Amsterdam,
je venais d'apprendre que mon travail 
"Rentrer chez soi"
avait été bien reçu
(AAAA(H)!)
J'ai donc décidé de m'offrir une maison.
Je l'ai voulue élégante, mais aussi écologique.

Hélas, trois fois hélas!
malgré tous mes efforts,
malgré le suivi des instructions, à la lettre,
pour d'obscures raisons,
elle qui devrait être solaire,
se replie dans le noir.

dimanche 27 novembre 2016

Vivre : harmonie du soir




Dehors, c’est l’heure bleue, cette heure qui est ma préférée, quand le jour n’est plus et que la nuit n’est pas encore, cette heure de l’entre deux, cette heure qui peut selon le lieu être blanche, rose, ou grise, mais qui reste toujours et malgré tout l’heure bleue (ce qu’elle est du reste accessoirement). 

samedi 26 novembre 2016

Vivre : le bonheur par procuration







Après
tant d'années
tous ces écueils, ces tsunamis,
un divorce (évincée par une plus jeune, tellement banal), 
la perte de son fils écorché vif
(coup de poignard en pleine poitrine)
et la perte de pas mal d'illusions aussi
(écartée par de jeunes loups, elle, la militante anti-franquiste 
aux idées claires et au cœur si droit),
la mort en juin de son compagnon,
(main dans la main jusqu'au dernier jour)
la voilà qui m'annonce :
Roser a passé sa première échographie.

vendredi 25 novembre 2016

Lire : quand Karl Ove rencontre Richard (sur mon divan)

Famiglia Valmarana (détail) / palazzo Chiericati / Vicenza

Quand il me reste une petite chute de temps, entre deux, j'aime tendre la main vers une pile de livres amis et me plonger dans une brève relecture. L'autre soir, R. se faisait attendre et j'ai parcouru dans Un homme amoureux le passage où Knausgaard accompagne sa petite fille à un goûter d'anniversaire chez des parents bobos et très culinairement corrects. Parmi les adultes présents, il y a un père, Gustav, avec qui il sympathise :

"C'était un homme jovial et rayonnant, petit et trapu et toujours soigneusement habillé. Il avait la nuque épaisse, le menton large et le faciès aplati mais ouvert et simple. Il parlait volontiers des livres qu'il aimait, en l'occurrence ceux de Richard Ford.
- Ils sont excellents. Tu les as lu? Ils racontent la vie d'un agent immobilier, d'un homme tout à fait ordinaire, tout ce qu'il y a de plus familier et de plus courant, en même temps qu'il saisit toute l'Amérique! L'ambiance américaine le pouls de la nation!"
 Or,  à mes côtés, justement, se trouvait En toute franchise, le dernier livre de Ford traduit en français, dont je venais à peine d'achever la relecture. J'avais acheté le roman en édition de poche, dernièrement, sans réaliser que je le connaissais déjà, l'ayant emprunté à la bibliothèque lors de sa sortie, aux éditions de l'Olivier. L'ayant donc redécouvert avec bonheur, comme Karl Ove et son copain Gustav, je m'étais aussi délectée de l'écriture directe et efficace de Richard.
"En attendant, la ville de Haddam connaît des coupes claires dans ses services. Les républicains au conseil municipal prétendent que les salaires coûtent trop cher. Le trou dans le budget tourne autour de quinze millions. Un grand nombre d'employés municipaux parmi les plus anciens, vrais piliers du service public, ont reçu leur lettre à la veille de Noël. Il a fallu tirer de la naphtaline où elle dormait depuis dix ans la vieille crèche aux Rois Mages résolument aryens, parce que la société qui loue des crèches ethniquement correctes - avec Levantins et Noirs - a augmenté ses tarifs. Les bouquets de gui n'ornent plus qu'un lampadaire sur trois le long de Seminary Street."
 Ce genre de petites coïncidences me ravissent : des  écrivains se croisant dans mon salon, comme des amis, dont on apprend qu'ils se connaissent par ailleurs et s'apprécient déjà.



jeudi 24 novembre 2016

Vivre : let it be / 9



La fresque de Francesco Clemente enveloppait la salle d'une surprenante écorce rose.
Le staff jouait à la perfection son rôle,
à peine un souffle d'ironie légère
et une vivacité déconcertante.
Les plats se suivaient dans une virevolte audacieuse,
colorée, ludique, incroyablement créative.
Un carrousel qui rappelait l'enfance et ses immenses explorations.
Notre avocat récemment breveté avait la pupille brillante.
Son plaisir faisait plaisir
et, en fait de plaisir, des oh! et des ah! s'élevaient régulièrement,
 comme des souffles de buée, au-dessus des tables.

Et voilà que,
juste derrière R.,
dans un coin hélas pas assez reculé,
est venu s'installer ce couple :
elle, longue dégaine de mannequin anorexique,
les bras croisés, la lippe boudeuse,
balayant les lieux d'un regard blasé;
lui, petit, mal rasé, appelant le maître d'hôtel pour discuter du menu 
comme d'un contrat d'affaires particulièrement embrouillé,
convoquant le sommelier pour lui apprendre les bases de son métier,
haussant le ton, aussi impératif qu'il était gringalet.

Vaillamment, l'équipe faisait face et se passait le témoin 
(ah! les nerfs dont il faut faire preuve dans ce genre de métiers!)

Replongeant les yeux 
sur les mets ébouriffants qui se succédaient,
et sur les lèvres épanouies de mes commensaux,
je me suis demandé comment ces mauvais coucheurs
finiraient leur soirée...