samedi 26 mai 2018

Voir : quand la guerre est là





Dans "En guerre", Vincent Lindon colle tellement à son personnage que le voir ensuite présenter le film à Cannes, répondre à des questions, défendre le projet paraît presque irréel. Nous l'avions laissé sur l'écran, dans l'histoire et voici qu'un inconnu qui lui ressemble se met à parler du film, derrière un micro. Léger vacillement.
A part Lindon, Brizé n'a fait appel qu'à des comédiens non professionnels castés selon leurs diverses expériences du terrain. Il filme caméra sur l'épaule, au plus près des protagonistes, secoué par les corps et les propos. Tout cela nous plonge dans un état de tension, voire de rage du début à la fin. 
Le sujet du film est traité régulièrement (hélas, de plus en plus souvent) dans les médias. Sauf qu'ici, on suit étape par étape le combat pour le droit à garder son emploi. On assiste à la solidarité, à la ténacité, au désespoir, à tout ce que les reportages laissent habituellement hors-champ.
La démonstration est affreusement claire, pénétrante, poignante. 

vendredi 25 mai 2018

Vivre : concertos concertés


Pala di San Giobbe (détail) / Giovanni Bellini / Accademia / Venezia


Contrairement à ce qu'on croit
les oiseaux ne chantent pas a capella. 
Les trois Zoés leur sonnent les cloches
- obligeamment -
Les bourdons bourdonnent
- évidemment -
Les libellules grésillent
en s'enlaçant.




jeudi 24 mai 2018

Vivre : still life / 44






Ce bracelet, je l’adore et le porte depuis plus de vingt-cinq ans.
Trouvé dans une ruelle proche du dôme de Parme durant une après-midi caniculaire.
(je me souviens : boutique classieuse, gérante un peu snob,
regard hautain posé sur nos jeans délavés, réprobateur sur nos baisers volés,
à huit mille lires, sûrement l’objet le moins cher qu’elle proposait)
Je le porte avec tous mes vêtements d’été, c’est si simple de le nouer.
Seul problème : si les perles tiennent bon, la cordelette, elle, tend à s’effilocher.
Il me faut régulièrement trouver de quoi la tresser.
Étrange, cette difficulté à laisser partir, "mourir" les choses.
(que perdrait-on en les perdant?)
Sur la plaça Major, l’artisane, une Latina pleine de générosité,
m’a vendu la ficelle et donné quelques trucs pour l’attacher.
Le bracelet tiendra encore le temps de quelques baisers.

mercredi 23 mai 2018

Voyager : sur l'île


L'aéroport régurgitait sans cesse des flots bruyants et saccadés comme un évier définitivement obstrué. Les cars s'efforçaient d'éponger, les autoroutes de dégorger. Mais rien n'y faisait : le mouvement semblait destiné à s'amplifier.
Comment faisait donc l'île, comment faisait-elle face ?
Elle opposait je crois ses falaises imperturbables, ses arbres obstinément ancrés aux rochers, la force inusable de ses coquelicots butés. Elle opposait la tranquille assurance de ses terrasses, de ses oliveraies. Elle opposait son calme à toute offense. Elle prenait son mal en patience.

mardi 22 mai 2018

Vivre : escort boys


Cartuxa /Valldemossa

Devant le puits, Alfredo, un petit malingre au regard bleu délavé, s'esquivait vite fait quand apparaissait Henry (prononcer : hennéri), un malabar pas commode jouissant d'une très mauvaise réputation et qui sévissait devant la chartreuse (sans être un chartreux pour autant). A nuit tombée, Henry tenait à nous faire un bout de route jusqu'au pied des escaliers. Là, il nous laissait entres les pattes expertes d'un beau noiraud musclé, dont nous n'avons jamais su le prénom mais qui veillait à nous ramener à bon port, n'hésitant pas à grimper sur un muret pour faire le guet devant notre porte. Nul doute : nous étions en sécurité, sous bonne escorte.

lundi 21 mai 2018

Vivre : les couleurs de la Création







Catedral / Palma de Mallorca

lubies des nuages 
ondées de prière
vibrants passages

dimanche 20 mai 2018

Vivre : instants graciles


Saint-Augustin (détail) / Musée Granet / Avignon


Joli présage réfugié sous le drap
La feuille échappée à l’automne
S’étend toute fine palpite et tremble sur le matelas.