vendredi 24 mars 2017

Vivre : furtivement


Rovinj / 2016

Le chemin qui mène au village contourne ce qu’on nomme pompeusement le « château »,
une belle bâtisse début du XIXème fort bien entretenue par ses discrets propriétaires.
Son jardin arrière est clos par un mur sur lequel ondoie une vigne vierge à la belle saison.
Il y a, dans ce mur, juste au coin, un portail en bois patiné, toujours soigneusement fermé.
Le « château », bien que placée en son cœur, est certainement la maison la plus secrète du village .
Sauf que…
certains jours…
pas plus de deux ou trois dans l’année…
le portail est entrouvert (oh, très peu, juste de quelques centimètres)
Comme une invite.
Alors, immanquablement, je ressens l'envie de planter les freins, descendre et me glisser à l’intérieur.
C’est dans ces moments-là, quand mon pied se lève imperceptiblement,
que je me sens le plus proche de mes six ans.
Alors, quoi qu’on m’ait interdit, quelles qu’aient pu être les menaces,
je serais entrée

dans le plaisir électrique des palpitations surmontées.

jeudi 23 mars 2017

Vivre : Still life / 15




Acheter ou recevoir de jolis marque-pages. Oui.
Mais au final, toujours utiliser :
Des tickets de train / des quittances / des emballages de bonbons ou de chocolat / 
des billets d’entrée / des dépliants / des étiquettes de vêtements /
et même des brins d’herbe ou de tapis 

Au fil des lectures rendre utile le voué à l’inutile

mercredi 22 mars 2017

Habiter : à la lisière


Pavillon chinois / Potsdam


La pauvreté, c’est le manque qu’on subit.
La simplicité, c’est ce qui suffit.
Le luxe, c’est, en dehors des modes et des diktats,
ce dont on jouit.

Le luxe inouï : cette biche, à quelques pas, 
qui s’est enfuie.

mardi 21 mars 2017

Vivre : des questions, des réponses


Untitled / 2009 / Troels Wörsel / SMK / Copenhaguen


Désolée. Pas moyen de participer : je ne connais pas 11 nouveaux blogueurs susceptibles d'être sollicités. N’ai sans doute pas assez prospecté et certainement pas assez commenté. Viens tout juste de réaliser que je suis certains blogs depuis des années sans y avoir jamais laissé la moindre trace (j’aurais quand même pu écrire merci, quelque chose de gentil, quelle malpolie !). C’est que, voyez-vous, dans un blog, il faut déjà oser entrer. Et puis, moi, ce qui m’intéresse, dans un blog, c’est… le blog. Le blog avec ses textes et ses photos, laissant entrevoir en filigrane la personnalité qui offre tous ces cadeaux. Je découvre, je lis, j’admire, j’empathise, et je m'en vais sur la pointe des pieds … c’est tout. Je ne suis pas particulièrement fan de « like », d’abonnements en tous genres, ou de points de fidélités.

Cependant, Dédé dont je devine la sensibilité et la forte vitalité à travers ses billets et ses passages ici,  m’adressé comme à 10 autres blogueurs 11 questions. J’ai tenté d'y répondre de mon mieux. Voici :


Que t’apporte ton blog et pourquoi avoir décidé d’en ouvrir un ?]
Je tiens quotidiennement un journal depuis l’âge de 13 ans. Il m’est indispensable et constitue toute ma mémoire. J’y note tout ce qui me marque. Mais je le trouvais un peu chaotique, verbeux, déstructuré. J’ai souhaité en extraire l’essentiel, poser mes expériences et réflexions de manière plus compacte. Ecrire le quotidien, les choses de la vie, des scènes de rue, des questionnements en un minimum de mots. Dans Magari ! je voulais aussi partager mon amour pour l’art à travers certaines œuvres que j’ai photographiées, mais sans discours, en laissant juste parler l’image.

[Quel est le principe directeur de ton existence ?]
« Principe directeur » est un bien grand mot. J’essaie d’être «juste quelqu’un de bien ». Et ce n’est pas évident tous les jours.

[Quel événement de société t’a fortement marqué durant l’année 2016 ?]
Ça n’est pas propre à l’année 2016 : les barques remplies de migrants, les arrivées de convois aux frontières, les dangers bravés, les murs de barbelés Ce qui me marque et me blesse tout à la fois : Au sein de l’Europe et des pays riches, le manque de solidarité et les renvois de balles quant aux responsabilités. Les pays les plus exposés qui doivent faire face et se défendent comme ils peuvent. Les répressions, les refoulements. Migrants économiques, migrants politiques, victimes de guerres, on ne voit pas toujours comment faire la distinction. On rêverait de regards et de solutions globals. Ça fait des années que je me dis : ça ne peut pas durer, ces inégalités nord-sud, ces exploitations de la misère. Moins on échange convenablement et plus les tensions vont augmenter. Il me semble que les pays riches devront tôt ou tard rendre compte de leur richesse et que nous devons forcément adopter un mode de vie décroissant pour que chaque habitant de la Terre ait droit à sa part (nourriture, logement, éducation, santé).

[Quelle est la passion qui te fait vivre?]
A mesure que j’avance, je suis de moins en moins passionnée et de plus en plus intéressée par tout ce qui vit. Je crois que j’ai remplacé la passion par l’observation. Tout simplement. J’aime découvrir la vie et ses multiples facettes, encore et toujours.

[Qu’est-ce qui te rend heureux dans ta vie?]
L’apprentissage sous toutes ses formes. Tout ce qui tremble et palpite. La beauté. La nature. L’amour aussi, naturellement. (Et ces basiques : nager, pratiquer l’art des terrasses et l’inactivité magistrale, bien manger, respirer, lire, créer, …)

[A l’inverse, qu’est-ce qui te rend triste ?]
D’une manière générale, la mort, quelle qu’elle soit. Tout ce qui se termine. Mais il s’agit là d’une tristesse sinon douce, du moins apaisée. Ce qui me désole intensément, c’est l’aptitude de l’être humain à la destruction. Le gaspillage d’énergies dans des conflits et dans la violence. Ça, c’est le pire, parce que la fin et la mort sont des choses naturelles, tandis que les conflits, je me dis qu’ils génèrent des montagnes de souffrance qu’on aurait pu éviter.

[Si tu étais un paysage, comment serais-tu ?]
Un paysage lié à la mer, sauvage, vaste, ouvert sur le large.

[Si on te donnait un appareil de photo pour une journée, que prendrais-tu en photo et pourquoi ?]
Une ville, ses habitants, ses scènes de la vie ordinaire. C’est quelque chose que je ne sais pas faire, que je loupe systématiquement, alors je m’y essaierais encore une fois. En fait, souvent, je pose sur les choses un regard photographique. Je regarde le monde autour de moi et je le photographie en imagination. Je crée des photos mentales… qui se traduisent rarement en bon résultat numérique.

[Quel événement dans l’histoire de l’humanité aurais-tu aimé vivre ?]
La découverte de l’Amérique. Imaginer Christophe (ou Amerigo) se lancer avec courage, naviguer dans l’incertitude et finalement voir poindre une terre inconnue au loin, ça devait être quelque chose. Bon. Après, les ravages causés par cette découverte, c’est une autre histoire…

[Quel monument souhaiterais-tu visiter une fois dans ta vie ?]
Je préfère les paysages aux monuments. Une longue plage au bord du Pacifique, de vastes prairies mongoles.

[Quel livre me recommandes-tu et pourquoi?]
Un ? Alors, disons, le Quarto consacré à Annie Ernaux. C’est une écrivaine qui a très bien su décrire la vie et le réel avec précision, honnêteté, sans le moindre sentimentalisme. Ses thèmes : la femme, la mobilité sociale, la relation complexe aux origines, la vie amoureuse, l’observation scrupuleuse du social dans ses infimes détails. Chez elle, on sent un travail d’écriture rigoureux, sans aucune concession. Elle ne fait rien pour séduire ou appâter le lecteur. Elle n’est pas nombriliste non plus : elle se place comme sujet de la plupart de ses livres mais pour montrer quelque chose d’universel et d’humain. Du reste, le Quarto s’intitule Ecrire la vie. Et puis, comme rab je rajouterais Mémoire de fille, son dernier livre.  

lundi 20 mars 2017

Manger : bec sucré



J.A. Jerichau / Girl with dead Bird / Glyptotek / Copenhagen


La terrasse : plutôt ombragée
L’établissement : plutôt renommé
Le personnel : plutôt stylé
La cuisine : plutôt étoilée
Le moineau dans le chariot des desserts : plutôt gonflé
(très très affamé)
Notre fou-rire : plutôt étouffé

dimanche 19 mars 2017

Vivre : Voyages, voyages…


Altichiero / Crucifixion (détail) / Oratorio San Giorgio / Padoue


Il arrive, une bouteille de Chianti dans une main et une tablette dans l’autre. Pendant la cuisson des pâtes, il entreprend de nous montrer en images son récent voyage. La noble entreprise où il officie offre régulièrement à ses cadres des « congés de développement ». Il a donc choisi de partir découvrir Bombay et ses environs, le temps d’une semaine, avec deux ou trois connaissances de son milieu professionnel. Au programme, des visites guidées : Bollywood (naturellement), un bidonville (sous la houlette d'une ONG), un « village » voisin (comportant un million d’habitants), ainsi que les grottes d’Elephanta (on ne peut pas louper ça). Le tout bien encadré ficelé du début à la fin.

Le doigt glisse. Les images défilent, certaines exceptionnellement belles, vu leurs sujets exotiques et colorés.

On passe d’un hôtel cinq étoiles pourvu de piscine, à une vache maigrissime broutant dans une mer de plastique;  puis on découvre un vendeur de citrons ambulant disposant le soir venu sa couchette directement sur le trottoir; le même, le matin suivant, faisant sa toilette à une borne (photographié en plongée depuis le balcon d’une chambre climatisée). Se succèdent sur l’écran : des repas alléchants ; des ordures entassées ; des visages souriants, des visages décharnés; un mariage avec cinq cent invités ; les toits du bidonville, en tôle, en carton, en rien; des trains bondés ;  les gens marchant dans des immondices et traversant négligemment les rails ; des lessives qui sèchent et frôlent les convois; une circulation infernale aux heures de pointe ; des pêcheurs partant au petit matin sur une étendue bleu tendre; des vieillards procédant à leurs ablutions matinales ; des enfants se disputant pour être sur l’image. 

La pauvreté, la misère. La beauté. Des regards intenses. Des contrastes inouïs.

Le tout en six jours. Je demande : Un tel voyage devait être éprouvant ? Emouvant ? Troublant ? Epuisant ?

Pas le moins du monde : les gens là-bas acceptent les choses comme elles sont. On ne perçoit aucune tension. Ils prennent volontiers la pose. Et, pour une somme très raisonnable, on peut voyager en business, dormir dans un lit à l’escale de Dubai, retrouver sans trop de fatigue son existence et son confort familier.

Ah !

J’en reste bouche bée. Ai l’impression d’être plus éprouvée, émue, troublée, épuisée par ce voyage en images, quelques minutes à peine, que mon invité, radieux, comblé, tout prêt à être rassasié.

samedi 18 mars 2017

Vivre : oser oser


Balanceakt / Karen Holländer /Essl Museum / 2014 


Difficile de retourner dans les lieux que l’on a aimés, où l’on s’est senti bien
(et vers les gens, encore plus difficile)
Rien n’est jamais acquis.
Et pourtant, jouer la carte de la superstition
se refuser à y retourner ne serait pas sage.
Il faut oser,
oser risquer,
oser risquer la déception.