mercredi 21 février 2018

Vivre : deux coeurs


fresque / musée archéologique / Naples


Je viens de recevoir des nouvelles de N. Elle, que je croyais soulagée, enfin sortie d’un terrible bras de fer professionnel qui avait eu la dureté de l’enfer, se retrouve à plat. Son fils de seize ans, né avec une malformation cardiaque, est hospitalisé à nouveau depuis des semaines. Il perd chaque jour du poids. Il tient des propos démissionnaires. Ne croit même plus à la possibilité d’une transplantation. Il ne se voit pas atteindre ses vingt ans. J’imagine ces deux cœurs : le cœur épuisé du fils, le cœur brisé de N. 

mardi 20 février 2018

Regarder : pourquoi tout ce temps ?






Nymphéas / Monet / Musée Marmottan / Paris


Pourquoi n'étais-je pas revenue depuis sept ans ?
Pourquoi avoir laissé passer tout ce temps ?
 Sans doute, trop de foule trop de gens trop d'engagements.
Pourtant... ils semblaient m'avoir attendue patiemment. 
Dans ce face à face intime, nous étions là, les nymphéas et moi.
Nous avons repris le dialogue où nous l'avions laissé.
Les vraies rencontres, en art comme entre humains,
résistent à la distance, ne réclament pas de fréquence.
Les vraies rencontres, en art comme entre humains,
demandent essentiellement disponibilité et présence.

lundi 19 février 2018

Regarder : la mercerie de Marie



Niccolò di Buonacorso / Vierge d’humilité / Le Louvre

A quelques pas du Boulevard de la Joconde, 
ignorée des foules et de leurs smartphones avides,
elle se tenait là, sereine, dubitative, placide,
et s'octroyait une pause entre deux reprises.


dimanche 18 février 2018

Voyager : à chacun son voyage

Noble Equipage voyageant sur la plage de Scheweningen  / Adriaen van de Velde / Le Louvre / Paris

Entre Frasne et Dole, le train s’est arrêté en rase campagne. Dans le wagon, les voix, de patientes, ont commencé à se faire de plus en plus tendues. On a assez vite (enfin, si je puis dire) cumulé pas mal de retard. Je ne porte jamais de montre, mais à la manière dont les gens prononçaient le mot "correspondance", je pouvais mesurer la durée de l’attente. On entendait résonner comme un leitmotiv : "quelle correspondance ?" "pas de correspondance !" "plus de correspondance !!!". Apparemment, la SNCF payait un employé censé passer régulièrement pour tenter de fournir des réponses (qu’il n’avait pas) et détendre avec des semblants d'explications souriantes la nervosité qui commençait à prendre comme une mayonnaise bien dense .
Dans la voiture bar, R. a salué un sympathique barbu. C’était un ancien collègue qui se rendait à Paris pour accompagner son amie à un concert le soir-même. Il n’avait pas l’air très enthousiasmé. En ce qui le concernait, le retard, il s’en fichait. L’essentiel pour lui était de parvenir à la fin du concert. J’ai oublié le nom de l’artiste en question. Selon lui, c’était un chanteur dépressif suicidaire canadien.
Assis dans la voiture 17, un groupe d'habitués enrageaient au téléphone et exprimaient en termes peu châtiés leur aversion pour la compagnie qui nous véhiculait. 
Une vieille femme afghane, réfugiée en Suisse, prenait son mal en patience. Elle partait réaliser son rêve de toujours : voir la tour Eiffel. Elle était montée dans le train avec une amie dans ce seul but : découvrir la célèbre tour. Alors, franchement, deux heures de plus ou deux heures de moins…
Je lisais un livre qui évoquait un épopée vers de grands espaces lointains. De temps à autre, levant les yeux, j’apercevais des forêts, des rangées d'arbres, et un renard qui traversait les pâturages. Je me voyais en train de faire mon voyage, je me disais : ces arbres et ces renards en font partie, ça prendra le temps que ça prendraJe crois n’avoir jamais vu autant de renards que ce jour-là. 

samedi 17 février 2018

Voyager : Paris, février






Les arbres avaient les pieds dans l’eau. 
La tour la tête dans les nuages.
Sillonnant la ville en bus ou en taxi,
j'observais combien le gris seyait à Paris.

mercredi 14 février 2018

Vivre : l'entre-deux


Février :

Une valse-hésitation de 28 jours entre les frimas impitoyables
et les clins d’œil des bourgeons intrépides.

mardi 13 février 2018

Lire : février et ses raclées



Le « syndrome de février » est un phénomène beaucoup plus puissant que nos faibles tentatives pour l’accepter ou y résister. Au moins autant que n’importe quel autre, le plus court de tous les mois est une force de la nature, et il vous file une sacrée raclée. Je l’ai sentie – cette tristesse pesante – me tomber dessus sans prévenir, m’envahir pendant plusieurs semaines – comme un parasite qui s’est invité tout seul -, surgir sans crier gare alors que quelque temps plus tôt je nageais dans le bonheur, ou bien s’infiltrer lentement précédée par des jours ou même des semaines de murmures indistincts suivis de palpitations erratiques.

Cette tristesse vient quand elle vient et, à mon humble avis, elle vous atteint que vous soyez fort ou faible, gai ou maussade. Quand on a vécu sur les hauteurs de cette merveilleuse contrée suffisamment longtemps, elle revient presque chaque année – parfois en octobre, novembre, décembre ou janvier, d’autres années pas avant mars, mais la plupart du temps – pour ce que j’en sais – en février.

Rick Bass, quelqu'un qui est "capable d'échouer dans l'exécution de n'importe quelle tâche mécanique", sait en revanche superbement décrire, de manière simple et concrète, la mélancolie qui vous saisit quand la lumière manque (et la lumière, ou tout autre type de stimulation vitale, peut apparemment vous faire défaut à tout moment en hiver). En le lisant, on en arrive à prendre son spleen en patience tandis que les brises viennent de toutes parts vous effleurer les joues .

Le journal des cinq saisons, folio, Gallimard, p.78