mardi 23 mai 2017

Vivre : Au galop


Amazone moribonde sur cheval (détail)/ coll. Farnese //Museo archeologico Napoli


Un courrier de la gendarmerie est venu le confirmer:
sur le chemin du retour, 
j’avais décidément grand hâte de quitter cet univers étriqué,
imbibé de tartuferie et de glucose.

J’étais vraiment très très pressée. 

lundi 22 mai 2017

Vivre : trouver son idéal


Portrait de Fayoum / KHM / Vienne

Son salon est sobre, déco minimaliste. Pas de Gala-Voici-MadameActuelle. Pas de pub pour K*** ou pour R** F**. Pas de fond sonore. Pas de commérages. Le principe est simple : il travaille sans rendez-vous et reçoit les clients par ordre d’arrivée.
Cette après-midi-là, me précédaient : une dame dans la septantaine qui aspirait à plus de blondeur, un ado taciturne qui voulait ramener sa coupe Ronaldo à 6 millimètres pas un de plus. Arrivés juste après moi : un jeune couple avec bambin coquin, venus se faire tondre en famille.
Boucles brunes et virevoltes argentines, il parlait à bon escient avec un bel accent marocain. Il comprenait vite et s’activait bien. D’emblée, j’ai su que j’étais entre de bonnes mains. En dix minutes chrono, ma tignasse s’est trouvée joliment raccourcie de deux centimètres. En bonus, apprenant que j’étais de passage, mon Figaro s’est fait fort de me fournir toutes sortes d’informations utiles : pour des fraises bio, pour du vin de qualité, pour une bonne table, pour un gîte accueillant, pour les stands sur le marché local. A chaque nouvelle adresse, il ajoutait : dites que vous venez de la part d’Hedi ! Dites que c'est Hedi qui vous envoie! C’est qu’il devait en avoir des amis, Hedi !
Je suis sortie au soleil ravie : Enfin ! Enfin ! Le coiffeur idéal existe : je l’ai rencontré !

(Il y a juste un tout petit problème: Hedi officie à 450 kilomètres d’ici. Trois fois rien, une question de détail).


dimanche 21 mai 2017

Vivre : soir de printemps à Cairanne



Entrer par la porte entrebâillée.
Dans l'église délaissée,
Ecouter les couleurs chanter.

samedi 20 mai 2017

Voyager : la transition


Fontaine des Mascarons / Seguret

Nous avons roulé et roulé, dans un paysage imperturbable.
Et puis, peu à peu, les contreforts se sont adoucis, se sont élargis 
pour faire place à la plaine et à ses vergers en pleine prospérité.
Il y a eu un toit en tuiles anciennes. Et deux rangées de platanes en bordure de nationale.
Et une première bastide en pierre pâle.
Insensiblement, la lumière s'est faite plus vive.
Le paysage a commencé à dérouler ses drapés baroques, émeraude, kiwi, vert acidulé.
Et puis, tout s’est emballé : 
les villages blonds à flanc de colline, paresseusement lovés au soleil, se sont propagés,
les champs ont pris des couleurs d’ambre, les vignobles se sont imposés.
Des rosiers aux allures de diva impudique tremblaient en bordure de route, 
des coquelicots attroupés semblaient attendre je ne sais quelle festivité.
Et les couleurs devenaient toujours plus joyeuses. 
Et les bourgs traversés se sont mis à exhiber leurs doubles noms, toujours plus évocateurs, 
revendiquant leur origine DOC.

Et enfin, arrivés à destination, il nous a fallu chercher la première place à l’ombre de l’année.
Et nous nous sommes assis sur une terrasse terrassée de chaleur. 
Et les senteurs du midi, jasmin, ail, fougasse, nous ont chatouillé les narines. 
Des accents directs, des mots francs et aimables sont parvenus à nos oreilles. 
Et alors, attablés, un peu hébétés,  nous avons réalisé que nous étions arrivés. 

vendredi 19 mai 2017

Manger : incompatibilités


 Willem Claesz Heda /Still life / Rijksmuseum / Amsterdam

Quand on organise un repas de retrouvailles,
on choisit souvent une pizzeria comme lieu de rencontre
(addition modérée, service simplifié, offre adaptée à divers régimes).
L’organisateur ajoute : « ils font une assez bonne pizza ».
Et c’est à chaque fois la même chose :
On mange trois bouchées chaudes. On constate qu’en effet, c’est une "assez bonne pizza".
Puis, on est pris par la conversation et...
on se retrouve bien plus tard à découper et avaler de tristes tranches ramollies.
On s’efforce alors de terminer son assiette, où une nourriture dépourvue d’attrait attend désolément.
A chaque repas de retrouvailles, la chaleur des échanges est censée combler la froideur des assiettes.

A la fin de chaque repas de retrouvailles, 
après avoir interpellé, salué et embrassé les uns et les autres,
 je me propose toujours d’aller manger, seule, une bonne vraie pizza. 

jeudi 18 mai 2017

Vivre : like we did last summer…



John Davidsen / 3 of 8 parts of Twisters / SMK / Copenhaguen

R. avait commandé des planches qui tardaient à arriver.
Je me traînais entre les rayons de ce géant du bricolage:
 des montagnes d’objets désolants de laideur,
 des choses fabriquées sans amour, présentées sans amour
et destinées – me semblait-il – à finir très vite leur vie dans une décharge.

Quand tout à coup, une femme,
une femme sans âge, quelques kilos de trop dans ses leggings, les cheveux ternes,
une femme tu lui passes à travers,
la femme s’est mise à esquisser un pas de danse.
(je n’avais jusque là pas prêté attention à la musique d’ambiance)
Et elle, elle, sur cette musique de radio FM, 
elle s’est mise à danser son bonheur d’être au monde.
D'un coup, elle s’est comme allumée, elle est devenue belle.
Elle a eu la beauté des fleurs des champs, des comptines, des coccinelles.

Ça a duré… peut-être dix, peut-être quinze secondes, peut-être moins…

Et puis, elle s’est arrêtée pour considérer une offre de lingettes soldées à 50%
Et l’hypermarché a continué de proposer sa marchandise au rabais
Et  nous nous sommes dirigés vers les caisses avec les planches . 

mercredi 17 mai 2017

Vivre : en assise




"En devenant « montagne » pendant la méditation, nous adoptons sa force et sa stabilité. Elle peut nous aider à voir que nos pensées et nos sensations, nos crises émotionnelles, bref les événements qui nous perturbent, ressemblent aux assauts du mauvais temps. Nous avons tendance à en faire une affaire personnelle quand en réalité cela relève d’une causalité impersonnelle. Les tempêtes qui déferlent sur nos vies ne doivent pas être ignorées mais, au contraire, identifiées, ressenties, reconnues pour ce qu’elles sont car elles ont le pouvoir de nous détruire. Avec cette attitude intérieure, nous arriverons à éprouver un calme, un silence et une sagesse face à la tempête dont nous ne nous serions jamais crus capables. Voilà ce que les montagnes ont à nous apprendre si nous savons écouter."
Jon Kabat-Zinn, Où tu vas, tu es.