lundi 24 avril 2017

Regarder : les minuscules tableaux de Pieter S.


The Nave and Choir of the Mariakerk in Utrecht  (détail) /Rijksmuseum /Amsterdam


Ce sentiment de paix 
qui se dégage des tableaux de Saenredam...
L’œil doit s'approcher,
s'exercer,
se faire attentif
aux moindres détails, 
tous ces petits riens 
qui étaient son quotidien.

dimanche 23 avril 2017

Vivre : lever le pied un bref instant

Lagon de Balos / Crete

De : Dad
Envoyé : ‎21.‎04.‎2017 16:06
À : 'ZB'
Objet : là, maintenant, juste maintenant...
…quand tu liras ce message. Lève la tête et prends le temps de faire trois respirations, lentement. C’est tout simple. Tu t’arrêtes, tu prends le temps de faire trois inspirations profondes, trois expirations.C'est tout. Love. Mum

Parce que tout simplement, 
malgré le fait qu'ils ont presque trente ans,
qu'ils disposent de tout plein d'argent,
voyagent à New-York au Pakistan,
s'intéressent aux étoiles Michelin,
ça peut être utile, au boulot, dans le stress des journées de dingues,
une invitation maternelle à juste prendre un peu de temps...
juste un peu de distance...
juste sortir un instant de la tourmente.

samedi 22 avril 2017

Vivre : le juste retour des choses


Portrait d'homme (détail) / Micheal Sittow / Mauritshuis / Den Haag

Là, tout à l'heure au téléphone, ce bref échange, et soudain, c’est comme si dix années n’avaient pas passé, sa voix n’avait pas changé, et la mienne non plus, alors toute remuée, j’ai réalisé que l’on ne perdait rien, même si on croyait que c’était le cas, que l’on pouvait laisser les choses partir et revenir, qu’on pouvait vivre la tristesse de la séparation, et le chagrin, et croire tournées à jamais certaines clefs, mais qu’il y avait quelque chose de constant, qui nous appartenait et nous appartiendrait toujours, que le bonheur de retrouver d'une manière ou d'une autre ceux avec qui nous avions été liés par le plaisir, ce bonheur restait intact, et tout à coup émue en diable – ou en paradis – je me suis dit que tout était bien.

vendredi 21 avril 2017

Vivre : il neige encore



Hier, sur la route,
cette valse rose,
ces congères qui se promenaient.
Bien sûr.
Les cerisiers.

jeudi 20 avril 2017

Vivre : Still life / 18




Je voulais une bague qui évoque le silence
- le bruit que je préfère -
Barbara, la lumineuse bijoutière
qui agite toujours les bras dans sa vitrine, sous les arcades,
qui sait si bien écouter 
et qui pour 2017 désirait :
« Della gioia, della gioia e sempre tanta gioia »

Barbara l’a simplemente réalisée.

mercredi 19 avril 2017

Voyager : entre ici et là-bas


Chiostro di San Martino / Napoli

Je suis rentrée ici fourbue, en déficit de sommeil. J’ai déposé mes bagages dans des effluves de glycine et de lilas. J’ai pris note du silence, de son immensité, de sa densité (c’est à peine si les flots touristiques près du lac, si les oiseaux nichés dans la forêt parvenaient à l’entamer, ce silence dur comme du roc qui est mon lot quotidien). 

J’ai commencé par expirer. Longuement. Pour me sentir ici. Et puis je me suis assoupie.

A mon réveil, j’ai repensé à là-bas.

(durant ces cinq jours, la ville m’avait tellement happée que je n’ai jamais eu un seul moment pour griffonner la moindre remarque, pour rassembler quelques pensées. J'usais toute mon énergie à scruter, observer, me repérer, me protéger, admirer, esquiver).

Aucun écrit, donc, là-bas où les cris, les pollutions de toutes sortes, les vociférations tournoyaient dans l’air vicié. Là-bas, où je me disais que tant de choses allaient à l’encontre du bon sens, de la cohérence, de l’apaisement auxquels j’aspire. Tout ce chaos, pensais-je, n’était que folie. Le chaos ne pouvant générer que davantage de chaos dans une spirale infinie de misère, de violence, de crasse et de totale incurie. Je constatais des entorses à toutes les règles, des manquements de toutes sortes. Je me désolais de voir bien public dénaturé, méprisé. Et mes oreilles pestaient contre tous les coups qui agressaient mes nuits : coups de klaxons , coups de freins, et même durant une soirée agitée les coups tout court pour de stupides paris.

Et puis, ici, tout doucement, au fil des évocations, tandis que j'émergeais dans la pénombre de ma chambre, j’ai senti monter en moi le sentiment d'un manque,  et une infinie mélancolie.

Car là-bas…
…tous les jours à l’aube un oiseau – un seul – se mettait à chanter sur l’unique arbre du quartier, et ce chant était comme le premier chant du monde
…tous les matins le marchand d’en face me proposait les oranges de son jardin – fidèle à son poste, comme tous les négociants du quartier – de sept à vingt et une heures, sous son arcade, à s’affairer
… la femme édentée du bar dès le deuxième jour me mettait de côté les treccine sucrées dont elle nous avait devinés friands
…le serveur d’Amici miei nous conseillait sur la carte des bouteilles aux prix les plus modérés et, devant notre refus de dessert, souriait de nous avoir si bien rassasiés
… notre chauffeur sur la costiera avait la dignité des gens qui savent faire face à l’adversité – et la ponctualité d’un réveil helvétique
… la pauvreté avait sa dignité, n’était pas une fatalité, mais une donne avec laquelle composer et lutter
… dans ce vieux quartier, je n’ai pas vu d’écriteaux en russe, en anglais, en japonais pour attirer la clientèle, là-bas on était ce qu’on était, pas question de racoler.
…il y avait de ces petites fraises minuscules, qu’on retrouvait dans bon nombre de pâtisseries, et sur les marchés, que certains emportaient en pots pour qu'elles fleurissent leurs balcons
en cette veille de Pâques,  dans la basilique de San Lorenzo Maggiore, les voix des enfants, emmenés par trois minuscules sœurs philippines, évoquaient la compassion la plus pure tandis que des mères assises près de l'autel nourrissaient avec naturel leurs bébés
…la Beauté cachée, négligée, souillée, banalisée, faisait des manières pour se dévoiler, puis vous cueillait par surprise, avec une négligence étudiée

Alors, dans cette torpeur que dégage la fatigue du voyage en train de s’évaporer, quelque chose comme de la tendresse, comme un immense élan du cœur, a jailli sous mes paupières. J'ai tendu la main et senti sous mon annulaire des larmes de nostalgie couler. Couler pour une ville qui n’est même pas mon genre, mais que je me suis surprise à viscéralement aimer. 

mardi 18 avril 2017

Manger : la vita è una combinazione di magia e pasta**


Citron d'Amalfi à droite


Nos trois kilos d’agrumes ne les ont pas étonnés.
Notre citron de Sorrente (un bon kilo de vitamines) les a impressionnés.
Mon e-book n’a pas été décelé.
Hélas
Mon bocal (de beaux filets de première qualité)
A été vite repéré. J’ai été priée de m’écarter, de m’expliquer, de l’exhiber.
Non ! Tout mais pas de confiscation !
En dernier recours, j’ai pris un air vibrant de mamma italienne
j’ai expliqué que j’en avais besoin pour ma pasta !
Leur regard s’est alors rempli de compréhension et…
ils m’ont laissée passer.


Pour trois ou quatre bonnes platées :
Un citron d’Amalfi
Un petit bouquet de persil plat
Trois ou quatre gousses d’ail
Un long filet de thon par personne
quelques cuillerées d’huile de conservation
Du piment rouge à volonté, du sel
Optionnel : un peu de bouillon en poudre
Des fusilli, farfalle ou rigatoni d’origine irréprochable


Pendant que les pâtes cuisent, râper l’écorce et presser la moitié du citron, cisailler le persil, presser l’ail. Ajouter le thon, l’huile, le piment. Saupoudrer de bouillon. Mélanger doucement les ingrédients sur feu doux. Verser les pâtes chaudes sur l’ensemble et déguster. Cette recette a l’avantage de régaler vite fait de grandes tablées. A arroser avec un Fiano d’Avellino frais ou un Aglianico, ou avec tout autre nectar de franche lignée. 


** Federico Fellini / la vie est un assemblage de magie et de pâtes